Au Carrefour Nice TNL, la solidarité et la proximité à l’œuvre

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iconeExtrait de l’hebdo n°3786

Les élus CFDT ont développé une culture de la proximité avec les salariés, ce qui leur permet d’être à leur écoute… et au courant afin d’agir au mieux. Les salariés leur rendent bien : le nombre d’adhérents a bondi pendant le premier semestre.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 13/07/2021 à 12h00

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© Syndheb

À huit heures et demie, ce mercredi 7 juillet, les clients avancent avec leur chariot dans le centre commercial Nice TNL (pour l’ancienne compagnie des Tramways de Nice et du Littoral). Toutes les boutiques sont encore endormies à l’exception d’un magasin : l’hypermarché Carrefour. Une bonne partie des 410 salariés sont donc sur le pont afin de recevoir les clients, qui ne se font pas rares à ce moment de la journée.

Leila Khelifa fait partie de l’équipe de ce magasin. Elle travaille d’ordinaire en caisse. Mais, surtout, elle dirige depuis 2016 avec énergie et passion la section syndicale CFDT, composée de militants connus de tout le magasin. En balade dans les allées, les bonjours fusent, on prend des nouvelles des uns et des autres, des checks du coude sont distribués, faute de pouvoir se faire la bise ou se serrer la main, pandémie oblige.

“Si tu ne fais pas de terrain, tu n’auras rien…”

Leila Khelifa, secrétaire de la section CFDT du Carrefour Nice TNL

La proximité avec les salariés est une des valeurs cardinales de l’action syndicale de la section. « Si tu ne fais pas de terrain, tu n’auras rien. Et quand le salarié ne te voit pas, il n’aime pas ça », considère Leila Khelifa. Page Facebook, conversation Messenger, compte Twitter… : les salariés ont de multiples canaux à disposition pour s’informer et pour que s’informent les élus. D’ailleurs, les premiers n’hésitent pas à solliciter ces derniers à toute heure. La veille de notre rencontre, Éric Charmes, le trésorier du comité social et économique (CSE), a reçu un message d’un collègue vers 22 h 30. Il lui rapportait son agression par un client, laquelle s’était produite durant la journée.

De gauche à droite : Leila Khelifa, secrétaire de la section CFDT, Ludivine Trigaux, élue CSE, et une salariée du Carrefour Nice TNL.
De gauche à droite : Leila Khelifa, secrétaire de la section CFDT, Ludivine Trigaux, élue CSE, et une salariée du Carrefour Nice TNL.© Syndheb

Permanence solidaire

Malgré tout ce dispositif numérique, les rencontres avec les salariés restent très importantes. « On a des réunions régulières avec eux », explique la déléguée syndicale. « Sinon, on parle avec eux à la pause. On se pose dix minutes, et hop, on discute. On essaye d’être partout, de connaître les dossiers. » « C’est une des forces de notre section : avoir un réseau avec des informations qui remontent », appuie Olivier Siccardi, élu au CSE. Tout ça donne un grand sens du collectif : « Les plus forts doivent soutenir les plus faibles », affirme Leila, qui, comme ses camarades, ne compte pas ses heures lorsqu’il s’agit d’aider ses collègues.

Ce sens du collectif et de la solidarité s’est pleinement exprimé avec la crise sanitaire. Les élus ont souhaité rester dans l’action, malgré le contexte, et ils ont dû s’adapter. Avec le soutien du Syndicat CFDT des Services des Alpes-Maritimes, des paniers composés de nourriture et de produits d’hygiène de base ont été distribués aux salariés, adhérents et non-adhérents, en difficulté. Le magasin compte de très nombreux travailleurs pauvres et des étudiants. Une action qui sera pérennisée. Par ailleurs, une « permanence solidaire » a été mise en place pour permettre aux salariés de venir se confier en cas de souci. « L’écoute est une grosse partie du volet social. On reste toutefois extérieur, on garde notre étiquette d’élu. Mais, parfois, discuter, ça révèle les gens », remarque Olivier.

Prise en charge de la pause méridienne

L’équipe a aussi été active en réclamant des protections destinées aux travailleurs et a bataillé pour que les étudiants ne perdent pas un centime. Ceux-ci travaillent surtout les après-midi et ont été concernés au premier chef par la réduction des horaires d’ouverture, liée au couvre-feu. Pendant le premier confinement, « on était sur le terrain tous les jours pour accompagner la sécurité, car les clients devaient attendre avant de pouvoir entrer dans le magasin, et certains étaient mécontents », se rappelle aussi Olivier. Les élus ont pu aussi obtenir une prise en charge de la pause méridienne des salariés durant le premier confinement, avec la mise à disposition de nourriture. Avec la crise sanitaire, « on a été obligés de se réinventer », confie la déléguée syndicale.

Un salarié sur deux est adhérent CFDT

Toutes ces actions ont une répercussion sur le nombre des adhérents. Un salarié du Carrefour Nice TNL sur deux est désormais adhérent à la CFDT, avec 47 nouvelles adhésions depuis le 1er janvier 2021 ! « Les gens se sont rendu compte de l’importance d’un syndicat fort », explique Olivier. Cependant, certains salariés restent encore réticents à prendre une carte, remarque Leila. « Certains disent : “Je n’ai pas de souci.” Mais adhérer permet de soutenir et d’accompagner les plus fragiles. J’ai des adhérents depuis huit ou neuf ans qui ne m’ont jamais sollicitée. Et d’autres qui m’appellent tous les jours. C’est la vie. » Pour convaincre du bien-fondé d’adhérer, la déléguée syndicale prend le temps d’expliquer ce qu’est un syndicat, les valeurs de la CFDT…

Et l’action de la section séduit. Ludivine Trigaux est élue CSE depuis 2015, à l’origine sous une autre étiquette syndicale. L’ancien syndicat « était venu me chercher car je m’entendais bien avec les salariés. J’ai dit oui car je voulais découvrir ce qu’était le CSE mais, au final, j’ai compris que je n’étais là que pour apporter des voix. Il n’y avait pas de valeurs. J’ai rendu ma carte et je suis venue à la CFDT ». Idem pour Sébastien Chevallier : « Dans le syndicat où j’étais, il n’y avait pas d’information. Toutes les infos étaient à la CFDT. Je l’ai rejointe car c’est un magasin qui a besoin d’accompagnement, d’informations. »

Les projets de la direction dans le viseur

Outre le fait de gérer le volet social, la section est bien sûr active contre les projets de la direction de Carrefour, et surtout contre le projet « TOP », lancé dans plusieurs hypers l’année dernière. Cette réorganisation du travail doit « améliorer la disponibilité des produits, la fiabilité des prix en rayon, la gestion des dates tout en optimisant la disponibilité des équipes », relève la coordination CFDT de Carrefour dans un tract de septembre 2020, avant d’ajouter : « Ce projet consiste à augmenter la productivité dans un contexte de manque de bras. Cela ne peut donc avoir qu’un effet négatif sur la santé des salariés. L’hyperspécialisation à travers des tâches répétitives nous ramène un siècle en arrière en matière d’organisation du travail. » Une réorganisation qui aura un coût pour certains salariés, qui perdront des heures de nuit.

Les retours sur ce projet sont négatifs, affirme Leila : « Je n’ai pas trouvé une seule section CFDT qui m’a dit : “Leila, vas-y !”. » Pour le moment, son application est suspendue. Un autre sujet brûlant est sur le feu : le passage en location-gérance. Actuellement, l’hypermarché Nice TNL n’est pas dans le viseur… mais jusqu’à quand ? « Il y a une volonté de passer tous les magasins en location-gérance. »

Sans oublier la décevante négociation annuelle obligatoire (NAO) 2021 (+ 0,5 %) et la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (« prime Macron ») qui s’élève cette année à 117 euros nets pour les salariés des hypers contre 1 000 euros l’an dernier… Les motifs de colère ne manquent pas. Les salariés étaient ainsi 230 à faire grève à l’appel de la CFDT ou à soutenir le mouvement durant le week-end de Pâques. « C’est là où on se rend compte qu’on a avancé dans le magasin. Des personnes qui ne se sentaient pas concernées sont sorties manifester avec nous », souligne Olivier.

Des élections CSE en 2023

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Toutes ces actions permettront-elles de confirmer en 2023 le bon score de la CFDT aux dernières élections CSE, en 2019 ? À l’époque, elle avait remporté 55,25 % des suffrages. Mais d’ici à 2023, le chemin est long et il ne faut pas baisser les bras. « On se doit de faire le job ! », s’exclame Leila Khelifa.