Agirc-Arrco : premier tour de chauffe

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iconeExtrait de l’hebdo n°3783

Les partenaires sociaux se sont retrouvés le 21 juin pour une première séance de négociation sur les retraites complémentaires des salariés du privé (Agirc-Arrco). La dégradation des comptes du régime, due à la crise sanitaire, nécessite en effet de faire le point et de décider s’il y a lieu d’intervenir sur les paramètres actuels afin de remettre le régime sur les rails.

Par Jérôme Citron— Publié le 22/06/2021 à 12h00

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© Lanier/RÉA

La crise sanitaire va-t-elle contraindre les partenaires sociaux à intervenir sur les retraites complémentaires ? La question se pose depuis le premier confinement et la mise en sommeil de l’économie française. Sans surprise, avec des rentrées d’argent en baisse et un montant de pension à verser qui reste stable, le système s’est retrouvé très vite en déséquilibre. Les services de l’Agirc-Arrco estiment autour de 5 milliards d’euros le « trou » provoqué par la crise. Grâce aux réserves dont dispose le régime, le versement des pensions n’a pas été impacté, mais se pose à présent la question du niveau actuel de ces réserves.

Le dernier accord entre les partenaires sociaux (qui encadre le fonctionnement du régime), signé en 2019, précise que l’Agirc-Arrco doit disposer d’une réserve financière équivalente à six mois de pensions, à horizon de quinze ans. L’idée étant que ces réserves permettent au régime de faire face à tout retournement économique (la crise Covid, par exemple) ou à un creux démographique. Rappelons que les retraites complémentaires sont différentes du régime général. Elles sont gérées par les partenaires sociaux et ne peuvent compter que sur les cotisations salariales et patronales en vue d’assurer leur équilibre financier. En octobre 2020, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a donc joué son rôle en alertant les organisations syndicales et patronales de la situation afin qu’elles se mettent d’accord sur la nécessité ou non de prendre des mesures d’ici à octobre 2021.

Des positions éloignées

À l’issue de cette première rencontre, la question n’a pas été tranchée. Selon les scénarios économiques retenus, il n’est pas évident de déterminer avec certitude si le niveau des réserves sera ou non durablement impacté. Les positions des uns et des autres sont donc encore éloignées. Le patronat plaide pour une mesure d’économie (en refusant toute hausse des cotisations) et ne veut pas entendre parler du scénario optimiste. De leur côté, les organisations syndicales n’ont pour l’instant pas le même positionnement. Certaines souhaitent attendre le plus tard possible avant de prendre une décision (c’est le cas de la CFE-CGC) ; d’autres veulent puiser dans les réserves, quitte à revoir les règles prudentielles de l’accord (FO et CGT).

La CFDT souhaiterait quant à elle trouver un accord d’ici à la fin juillet et se refuse à ne voir comme porte de sortie que l’utilisation des réserves. « Cette solution paraît moins indolore à première vue mais elle pénalise les actifs et les générations futures, qui devront de toute façon les reconstituer, explique le secrétaire national Frédéric Sève, qui pilote cette négociation. Il faut faire très attention car modifier un paramètre n’est jamais neutre. Cela a toujours un impact, et notre rôle est d’être le plus juste possible pour assurer l’équité entre les générations et au sein d’une même génération. »

Un déséquilibre moins important qu’attendu

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

Seule bonne nouvelle dans cette négociation qui débute, le déséquilibre du régime est aujourd’hui beaucoup moins important que ne le prédisaient les experts au début de la crise. Les décisions à prendre devraient donc être bien moins lourdes que lors de précédents accords, pour lesquels il avait fallu prendre des mesures drastiques afin de redresser le système. À l’issue de ce premier round d’observation des positions de chacun, la décision a finalement été prise de se revoir deux fois d’ici à la fin juillet. De quoi espérer trouver un accord avant la pause estivale.