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À Tulle, les “drôles de dames” pulvérisent la concurrence

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iconeExtrait de l’hebdo n°3856

La CFDT est devenue la première organisation syndicale du centre hospitalier de Tulle. Une victoire majeure dans un bastion historique de la CGT, le fruit d’un travail de proximité mais aussi des résultats obtenus au niveau national par la Fédération Santé-Sociaux.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 11/01/2023 à 13h00

De gauche à droite : Valérie, Marie-France et Coralie.
De gauche à droite : Valérie, Marie-France et Coralie.© DR

« On a sauté de joie ! », résume Coralie Gaillard, agente de services hospitaliers (ASH) et militante émérite de l’établissement public corrézien. Il y a de quoi. Le 8 décembre, une vague orange a déferlé sur l’hôpital. La CFDT a récolté 49,2 % des suffrages, renvoyant dans les cordes la CGT (34,45 %) et Sud (16,53 %) – Force ouvrière disparaissant du paysage syndical. Jusqu’alors troisième organisation du centre hospitalier avec 24,5 %, derrière la CGT et Sud (34,64 % et 32,68 %), elle a su convaincre les agents de son utilité et de son sérieux.

En quatre ans, la CFDT a multiplié par deux et demi son nombre de voix, passant de 88 à 220. L’abstention reste élevée, certes, mais la participation a quand même augmenté de 10 points par rapport au précédent scrutin. « Pendant quatre ans, on a géré un paquet de dossiers », résume Coralie. « Nous avons été partout, tout le temps, et les agents nous ont fait confiance », appuie Marie-France Gratadour, secrétaire de la section depuis 2019 et ASH. Une confiance qui se traduit en adhésions, avec une très forte progression.

Investir tous les terrains

« Notre secret, c’est le terrain. C’est aussi l’écoute et la disponibilité, puisque nous sommes joignables sept jours sur sept et quasiment 24 heures sur 24. » Et toujours dans la bonne humeur, insiste Valérie Mayre, infirmière coordonnatrice, qui a rejoint le collectif en avril dernier et est devenue la troisième des « drôles de dames » – c’est ainsi qu’elles sont surnommées dans leur établissement. « On essaye d’être le plus réactives possible », complète Marie-France.

La section peut d’ailleurs s’appuyer sur des adhérents présents dans chacun des services du centre hospitalier. Implantée depuis peu dans la blanchisserie, elle y est devenue majoritaire. Ses membres n’hésitent pas non plus à visiter tous les services, y compris ceux où elle n’est pas attendue, voire regardée avec méfiance, comme ce fut le cas chez les manipulateurs radio (étiquetés Sud). La section s’est aperçue qu’une partie de leurs heures supplémentaires n’avaient pas été rémunérées dans une juste mesure depuis plusieurs mois. Après s’être saisie du dossier, là où d’autres organisations syndicales expliquaient maladroitement leur impuissance, elle a réglé le problème en trois mois, en multipliant les échanges avec le directeur, le service des ressources humaines et l’agence régionale de santé. « Nous n’avons pas compté nos heures », témoigne Marie-France. Avec en prime un rattrapage sur salaire allant jusqu’à 15 000 euros pour certains collègues. Cela constitue évidemment l’une des nombreuses actions à l’origine du bond de la CFDT en 2022… et autant d’adhésions à venir. « On y veillera ! », précise Valérie.

Veiller aux besoins, promouvoir les acquis

Veiller, justement, la CFDT le fait partout, tout le temps. Sa présence dans l’ensemble des services lui assure une constante remontée d’informations et a grandement facilité le dépôt de liste lors des élections, « où chacun des métiers et services est représenté », précise la section. « Dès le mois de juin, la liste était bouclée ! » Ce maillage lui permet d’agir de la façon la plus efficace sur les conditions de travail et son organisation. Là où elle observe une hausse d’activité, la CFDT monte au créneau. C’est ainsi qu’elle revendique un poste d’infirmière, d’aide-soignante et de secrétaire au service chirurgie, et qu’elle est parvenue à maintenir le poste d’ASH au sein du service de neurochirurgie. « C’est aussi des avancées sur la stagiairisation et des passages en CDI », complète Valérie.

En parallèle, la section CFDT ne se lasse pas de rappeler les avancées du Ségur de la santé car, deux ans après la signature de l’accord, les mensonges des organisations non signataires ont toujours lieu. L’argumentaire intitulé « La vérité sur le Ségur », publié quelques jours avant le vote, est venu remettre les pendules à l’heure. « Non, le Ségur, ce n’est pas une prime mais bien un complément de traitement indiciaire qui compte pour la retraite, de nouvelles grilles indiciaires et le passage en catégorie B des aides-soignantes. »

Au service des usagers

Dans les semaines et les mois à venir, c’est un autre chantier, professionnel, qui mobilisera la section : la création d’une « chambre pédagogique » à destination des futurs parents, en vue de les aider à accueillir leur futur bébé dans les meilleures conditions possibles, à aménager son futur espace, le tout sans produits inutiles et dangereux. « C’est quelque chose qui nous tient à cœur », insiste Marie-France. L’objectif est d’alerter les parents sur les risques que peuvent présenter certains meubles et peintures mais aussi de dispenser des conseils, de diffuser les bonnes pratiques concernant le bien-manger ou le bien-habiller, en veillant au respect des normes sanitaires et environnementales.

La section du centre hospitalier de Tulle se révèle définitivement tout-terrain, prête pour son nouveau mandat de quatre ans et qui sait pouvoir s’appuyer sur la force du collectif CFDT dans le département de la Corrèze (les échanges sont réguliers avec les sections des hôpitaux de Brive-la-Gaillarde ou Ussel). « Lorsqu’on ne sait pas quelque chose, on n’hésite pas à se tourner vers elles et inversement. On se retrouve régulièrement, ça donne de la force ! »