À Saint-Brieuc, la détermination des infirmières puéricultrices

temps de lectureTemps de lecture 7 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3848

Les infirmières puéricultrices du service de réanimation néonatale du centre hospitalier ont fait grève durant deux mois et demi à l’initiative de la CFDT pour obtenir une prime et voir ainsi leur métier mieux reconnu. Ce mouvement a d’ailleurs renforcé la section syndicale…

Par Fabrice Dedieu— Publié le 08/11/2022 à 13h00

image
© DR

Tout débute par un décret publié le 10 janvier 2022 au Journal officiel : il institue une « prime d’exercice en soins critiques pour les infirmiers en soins généraux et les cadres de santé » d’un montant de 118 euros mensuels. Comme dans d’autres centres hospitaliers en France, la direction du centre hospitalier Yves-Le Foll de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) adresse une première note de service à son personnel de réanimation néonatale lui annonçant que les infirmiers en soins généraux et les infirmiers spécialisés en puériculture vont pouvoir bénéficier de cette prime… avant de rétropédaler quelques semaines plus tard. En effet, les acteurs du monde hospitalier ne sont pas tous d’accord quant à la formulation du texte, et donc sur l’attribution de la prime aux puéricultrices. Le texte comporte d’ailleurs une ambiguïté en ce qui concerne ses bénéficiaires. Le titre fait état des infirmiers « en soins généraux » ; or la liste des bénéficiaires inclut aussi des « infirmiers régis par le décret du 30 novembre 1988 », à savoir les infirmiers spécialisés dont les puériculteurs.

Incompréhension face à une injustice flagrante

L’incompréhension gagne alors les professionnelles du service, dont Cécile Le Roux, infirmière puéricultrice depuis 2013 à Saint-Brieuc : « C’est une prime créée pour valoriser les professionnels dans un service particulier. Les infirmiers en soins généraux, les cadres de santé sont concernés… et les infirmiers spécialisés en puériculture ne l’auraient pas ? Ça n’a pas de sens ! » En vue de se spécialiser en puériculture, Cécile Le Roux, à l’instar de ses collègues, a fait un an d’étude en plus des trois ans requis pour obtenir son diplôme d’infirmière. « Notre métier est très particulier, très technique, on s’occupe ici d’enfants très prématurés. La spécialisation permet de prodiguer des soins de qualité en toute sécurité. S’occuper d’un enfant prématuré avec un respirateur, c’est technique. Être à l’aise, ça prend du temps, ça demande de l’expertise. Notre spécialisation est primordiale. C’est d’ailleurs très dur de trouver des personnels quand il s’agit d’être remplacés. »

Cécile Le Roux, infirmière puéricultrice, en train de préparer un médicament puis de le donner à un enfant prématuré…
Cécile Le Roux, infirmière puéricultrice, en train de préparer un médicament puis de le donner à un enfant prématuré…© Syndheb

Confrontées au rétropédalage de leur direction, les puéricultrices de la néonatalogie de Saint-Brieuc ont souhaité ne pas en rester là. D’autant plus que d’autres centres hospitaliers continuent de verser cette prime, en attendant des éclaircissements de la part du ministère de la Santé1. La section CFDT de l’hôpital briochin est alors mise dans la boucle. « L’équipe m’a appelée, et nous nous sommes calés pour lancer un mouvement », se souvient Maxence Forestier, secrétaire de la section. Le 14 avril, la grève commence, à l’initiative de la seule CFDT. Et le mouvement est suivi : une quarantaine de puéricultrices font grève sur 58 professionnelles. Des infirmières en soins généraux font également grève, en soutien.

Maxence Forestier, secrétaire de la section.
Maxence Forestier, secrétaire de la section.© Syndheb

Une grève longue de 78 jours

Des courriers sont envoyés aux sénateurs et aux députés des Côtes-d’Armor. « Mais, à chaque fois, on nous a répondu que le moment était compliqué en raison des élections et du changement de gouvernement », explique Cécile Le Roux. Des actions sont menées devant l’hôpital, les médias locaux relaient le mouvement des puéricultrices. Début mai, la Société française de néonatalogie apporte son soutien aux infirmières, tandis que des grèves éclatent dans d’autres établissements : « Le gouvernement a proposé une prime de technicité au personnel infirmier travaillant en soins critiques. Malheureusement, les infirmières et infirmiers puériculteurs en sont exclus, alors que leur spécialisation en fait des acteurs de choix. […] Cette situation nous paraît extrêmement injuste. […] Nous demandons donc au gouvernement de revenir sans tarder sur cet arbitrage. »

Côté direction, un courrier est aussi envoyé : la CFDT demande qu’elle se positionne et soutienne ses équipes en versant la prime coûte que coûte, avec les fonds de l’hôpital, en attendant des directives ministérielles. « Pour nous, l’objectif était d’avoir une démarche constructive », souligne Maxence Forestier. Un dialogue se noue. La direction s’engage à livrer sa position concernant ledit décret d’ici au 1er juillet ; c’est bien ce qu’elle fera. « Afin de permettre un avancement de la situation », la prime sera finalement versée aux puéricultrices à partir du 1er juillet. Et si le ministère se positionne favorablement, une rétroactivité au 1er janvier sera entérinée. La grève, qui aura duré 78 jours, est levée.

L’accompagnement de la section CFDT

« La direction a fait un beau geste. Cela dit, elle se doutait que si sa position était défavorable, la grève aurait continué alors que l’été, avec ses tensions en matière de personnel, arrivait, analyse a posteriori le secrétaire de la section, Maxence Forestier. C’est la première fois dans cet hôpital que l’on a une grève qui dure aussi longtemps et qui soit aussi massive. La direction pensait que le ministère allait se positionner plus rapidement et que le mouvement s’essoufflerait… »

Pendant les deux mois et demi qu’a duré le conflit, la CFDT a toujours été aux côtés de l’équipe, souligne Maxence Forestier : « Nous avons travaillé sur le décret, rédigé des tracts. On a aussi accompagné les soignants grévistes assignés à leur service car il y a eu des couacs dans la transmission des assignations1. L’équipe n’avait jamais fait grève, il a fallu informer ses membres sur leurs droits, les aider à monter des actions de visibilité devant l’hôpital… Pour autant, on n’a jamais hésité car il y avait beaucoup d’injustice à ne pas leur accorder cette prime. C’était aussi une façon de faire connaître la CFDT à ce service, et ça a porté ses fruits. »

Désormais, les regards sont tournés vers le ministère de la Santé. « On est un service qui essaie de proposer ses soins de qualité, et la spécialité de puéricultrice est importante. Si on ne verse pas cette prime, c’est la mort du métier », martèle Cécile Le Roux… nouvelle adhérente CFDT.