À Nevers, l’équipe CFDT d’Armatis rafle la mise

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iconeExtrait de l’hebdo n°3819

Lors des dernières élections professionnelles au centre d’appels Armatis de Nevers, l’équipe CFDT a fait progresser son score de près de 14 points. Le fruit d’un travail de terrain aux côtés des salariés et d’un accompagnement ARC.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 12/04/2022 à 12h00

Cyril Antolini est téléconseiller chez Armatis et délégué syndical CFDT depuis 2019.
Cyril Antolini est téléconseiller chez Armatis et délégué syndical CFDT depuis 2019.© DR

Lorsque Cyril Antolini, téléconseiller chez Armatis à Nevers (Nièvre) est devenu délégué syndical CFDT en 2019, son entreprise traversait une grosse crise. Neuf salariés (l’entreprise en compte 250) ont subi de violents chocs acoustiques, c’est-à-dire qu’ils ont été exposés soudainement à des sons d’une puissance extrême, plus de 120 décibels, selon le délégué syndical. « Le son était si fort que tout le plateau a entendu, alors que ça ne provenait que d’un seul casque. On a des salariés qui sont toujours en arrêt depuis, qui ont perdu énormément d’audition, qui souffrent d’acouphènes. L’une d’entre eux a même eu un hématome au tympan. »

Rapidement, la crainte d’être victime de ces sons s’installe. « Il y a eu un droit d’alerte CSE, le droit de retrait a été utilisé, les salariés ne voulaient plus travailler », se rappelle Cyril. Des expertises sont menées. « Quand on travaille pour un client, on se connecte sur une machine virtuelle, une “VM”. Donc on ne savait pas si ça venait de chez le client, de chez nous ou de nos intermédiaires de l’informatique. On a tout fait expertiser, le phénomène a disparu, on n’a jamais trouvé la raison de sa provenance. »

Une action salutaire

L’entreprise investit dans un dispositif de réduction du son… dont l’inefficacité est pointée du doigt par la Carsat et l’inspection du travail. Les militants CFDT entrent alors en action. « Notre équipe a trouvé un autre dispositif chez un revendeur en Angleterre, qui coupe le son dès qu’il y a quelque chose d’inhabituel au-dessus de 80 décibels. On a contacté le revendeur et plus ou moins imposé ce dispositif à l’entreprise. Grâce à cela, on a pu reprendre sereinement les appels. Mais la crise a quand même duré plusieurs mois ! » L’action des militants n’est pas passée inaperçue : « On a accompagné les salariés, on a toujours été présents. On s’est fait des alliés, les salariés ont vu qu’on était là pour eux », affirme Cyril.

Ce n’est pas le seul fait d’arme des militants CFDT. À la fin de l’année 2019, une grève est déclenchée pour demander des augmentations de salaire lors de la négociation annuelle obligatoire (NAO). « La direction disait non à toutes nos demandes », arguant que les caisses sont vides, se rappelle le délégué syndical. L’affaire se terminera par un procès-verbal de désaccord. « Mais ça a permis de créer une cohésion autour de la CFDT. » Rebelote durant la crise Covid. Les élus décident de rester auprès des salariés, sur site. « Ça nous semblait important d’être là. On a été force de proposition. La direction, lorsque le gouvernement donnait des consignes, voulait absolument attendre les décrets avant d’appliquer les mesures. On a poussé pour appliquer les mesures tout de suite », poursuit le délégué syndical.

Un mode de fonctionnement installé

Enfin, pour lutter contre l’opacité dans laquelle s’est complu la direction, les élus ont fait expertiser l’entreprise par Syndex, durant l’année 2021. Une décision qui a eu du mal à passer côté direction, indique Cyril : « Elle a traîné lorsqu’il s’est agi de transmettre des documents, l’inspection du travail a dû la rappeler à l’ordre. On n’a pas tout obtenu. Mais l’expertise nous a permis de comprendre beaucoup de choses en matière de fonctionnement interne. Nous sommes sur un modèle où notre site est rémunéré de la façon suivante : les coûts de production + 4 %. Ça représente des miettes et c’est volontaire ; il faudrait des volumes énormes pour qu’Armatis à Nevers génère beaucoup d’argent, octroie des augmentations et une participation. »

Durant l’expertise, les salariés n’ont pas été oubliés : l’équipe CFDT leur a communiqué un résumé détaillé de toute la procédure et des résultats de l’expertise. « Ils étaient très intéressés. » Ce travail de proximité a accru la confiance entre les travailleurs et leurs représentants : « Avant, les salariés ne venaient nous voir qu’en dernier recours. Désormais, ils nous sollicitent en priorité. En venant nous voir, ils savent que les choses vont bouger et qu’ils obtiendront une réponse à leur question. »

1. Chargée de mission à l’Union régionale interprofessionnelle de Bourgogne-Franche-Comté (dossier développement) et accompagnatrice ARC.

Décembre 2021, arrive l’heure des élections professionnelles pour renouveler le comité social et économique. En 2018, lors du précédent scrutin, la CFDT avait obtenu environ 70 % des suffrages. Pour Cyril Antolini, pas question de faire moins. Il faut donc se préparer. « J’étais déjà en contact avec Sandrine Guignard1 depuis quelques mois dans le développement de ma section. Et lorsque les élections ont approché, ça s’est imposé, elle nous a accompagnés, moi-même et l’équipe. » Sandrine leur propose alors de suivre la formation « Préparer et gagner les élections » : « C’est une formation permettant à l’équipe d’apprendre à créer une liste, de savoir quels sont les enjeux des élections et comment on calcule la représentativité. J’ai adapté le contenu en tenant compte de leurs anciens résultats, pour bien comprendre les enjeux. »

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

« J’ai aussi été accompagné par mon syndicat, qui a d’ailleurs fait une intervention sur le site, distribué des goodies, tenu un point de rencontre et de convivialité », ajoute Cyril. Une stratégie qui a porté ses fruits, en plus du travail de terrain au jour le jour auprès des salariés : la CFDT a obtenu 93,6 % des suffrages (67 % de participation) et décroché les quinze sièges du CSE (dix titulaires et cinq suppléants). Désormais solidement installée, l’équipe a des projets pour ce nouveau mandat. Elle souhaite lancer des négociations, sur la qualité de vie au travail par exemple. « Il n’y aura pas de petites avancées ! », conclut le délégué syndical.