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À l’INRS, la CFDT au service de la prévention des risques professionnels

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iconeExtrait de l’hebdo n°3852

À l’image des missions de l’INRS, qui œuvre pour la santé et la sécurité au travail, l’action syndicale de la section CFDT se veut exemplaire. Avec succès, puisqu’elle est l’organisation majoritaire depuis quarante-cinq ans !

Par Claire Nillus— Publié le 06/12/2022 à 13h00

La section CFDT de l’INRS a reçu Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT, et Hélène Ibanez (à droite), secrétaire générale de la Fédération CFDT Protection sociale, Travail, Emploi (PSTE), sur le site lorrain de l’institut, le 22 novembre dernier.
La section CFDT de l’INRS a reçu Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT, et Hélène Ibanez (à droite), secrétaire générale de la Fédération CFDT Protection sociale, Travail, Emploi (PSTE), sur le site lorrain de l’institut, le 22 novembre dernier.© Syndheb

L’accord national interprofessionnel (ANI) Santé au travail de décembre 2020 a fait de la prévention la priorité des priorités. Mais qu’en est-il des moyens consacrés à la prévention primaire en entreprise ? Et de ceux alloués à l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), seule entreprise française au service des 21 millions de travailleurs du secteur privé ? Les 600 salariés de l’INRS – des chercheurs, ingénieurs, médecins, formateurs, juristes, etc. – étudient tous les risques (chimiques, biologiques, physiques, psychosociaux et organisationnels…) auxquels sont exposés les travailleurs. Ils ont aussi une mission de formation et d’information auprès de tous les autres acteurs de la santé au travail.

En attendant la nouvelle convention d’objectifs et de gestion

« Leur action est primordiale quand on sait que 65 millions de journées de travail sont perdues en raison d’accidents ou de maladies professionnelles, explique le délégué syndical CFDT. Mais certaines de nos activités sont en stand-by car, en attendant la signature du budget, les dépenses sont gelées. » De fait, les travaux des chercheurs sont suspendus au vote de la prochaine COG (convention d’objectifs et de gestion) de la branche accidents du travail & maladies professionnelles de la Sécurité sociale, dont ils dépendent financièrement. « La COG 2023-2027 en discussion est ce qui nous préoccupe le plus en cette fin d’année, développe Christian Darne, le délégué syndical central. Aurons-nous les moyens de poursuivre nos missions ? »

Afin de se rappeler à leur bon souvenir, la section CFDT a écrit au président de la République, à la Première ministre, aux ministres du Travail ainsi que de la Santé et de la Prévention, aux présidents, vice-présidents, rapporteurs et secrétaires des commissions des Affaires sociales et des Finances dans le cadre du PLFSS 2023, en les invitant à venir découvrir les 35 000 mètres carrés de laboratoires situés en Lorraine. « Il n’y a qu’ici que l’on peut étudier une situation de travail de façon totalement transversale. Notre expertise est reconnue en France comme à l’étranger », précise Christian Darne.

Donner l’exemple

Non seulement la section CFDT défend avec vigueur l’institut, mais elle place la barre très haut en matière de conditions de travail. « C’est logique. Ce que nous expérimentons dans nos laboratoires, nous devons pouvoir nous l’appliquer à nous-mêmes ! », observe Christian. Ainsi, sur le site de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), tous les entrants bénéficient de la formation sur la santé et la sécurité au travail réglementaire ; bonus, les élus CSSCT (commission santé, sécurité et conditions de travail) y interviennent. Pendant une journée, on explique aux nouveaux ce qu’est la CSSCT, quels sont les risques éventuels liés à leurs activités (manipulations de produits toxiques, notamment) et quels sont les acteurs du site pouvant être sollicités en cas de question.

Autre mesure innovante : l’accord relatif au droit à la déconnexion et à l’articulation de la vie professionnelle et de la vie personnelle, dont bénéficient les salariés depuis septembre 2022. Fruit d’une analyse approfondie des pratiques de travail, l’accord met l’accent sur la nécessité de pouvoir se déconnecter, y compris pendant le temps de travail, pour accomplir certaines tâches. Le texte contient également des dispositions intégrant la problématique des aidants familiaux, une question généralement peu traitée dans les entreprises. Les proches aidants peuvent ainsi bénéficier de dons de jours et d’un aménagement de leurs horaires, de jours supplémentaires de télétravail, d’un temps partiel avec compensation salariale, de vingt jours de congé spécifique payés (sur une période de cinq ans) et d’une prise en charge du maintien de l’aide si le salarié aidant est amené à se déplacer pour motifs professionnels.

Les VSST, l’autre combat

La section s’est aussi pleinement engagée dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail. Après une journée de mobilisation (organisée par la Confédération), Christian a décidé d’investiguer sur ce sujet à l’INRS. La direction lui a emboîté le pas, en mettant à disposition des locaux et en créant un groupe de travail avec les représentants du personnel. Dans un premier temps, une demi-journée d’information a été organisée sur la notion de harcèlement au sens large (moral et sexuel) ; elle a été suivie d’une enquête en ligne dont la restitution a eu lieu au printemps 2021.

« Les résultats nous ont interpellés !, confie Christian : 214 répondants sur 370 salariés dans le site lorrain, c’est beaucoup. Et puis il y a ce taux de réponses faisant état de comportements sexistes – plus de 20 % –, et ce, tant en réunion qu’en salle de pause ou pendant les activités organisées par le comité social et économique… Enfin, les faits dénoncés étaient relativement récents. Un choc pour nous comme pour la direction. » La psychologue de l’INRS a été sollicitée afin de venir en aide aux personnes qui le souhaitaient, des formations/sensibilisations ont été proposées aux encadrants et une grande campagne d’information a été lancée depuis. « Nous avons également constaté une recrudescence de situations de potentiel harcèlement moral. Nous allons donc monter un nouveau groupe de travail pour trouver des solutions. »

Le défi du renouvellement générationnel

Majoritaire depuis sa création, la CFDT de l’INRS a obtenu plus de 60 % des voix aux élections de 2018 puis de 2021. Un tel score lui confère une certaine aisance dans les discussions avec la direction. Pourtant, si le dialogue social s’avère constructif à l’INRS, la section se heurte à la crise des vocations militantes. « Le renouvellement générationnel nous pose un véritable problème. Les adhérents voient bien tout le travail que l’on fait et n’ont pas envie de s’engager, regrette Christian. Je ne voudrais pas un jour fermer la porte derrière moi après avoir éteint la lumière, car beaucoup de choses restent à faire, en matière d’égalité hommes-femmes, pour améliorer notre accord télétravail ou encore avancer sur la gestion des parcours professionnels ! Pour être crédible, notre institut ne doit-il pas rester en phase avec le sujet qu’il connaît le mieux, les conditions de travail ? »