À l’hôtel Nhow de Marseille, les plus bas salaires ont augmenté de 10 %

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iconeExtrait de l’hebdo n°3839

Dans cet établissement où la CFDT est particulièrement bien implantée, le dialogue avec la direction est constructif. La section a pu obtenir pour 2022 de substantielles revalorisations.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 06/09/2022 à 12h00

De gauche à droite : Eugène Gohou (nouveau délégué syndical), Serge Nardelli (secrétaire général du Syndicat commerce et services des Bouches-du-Rhône) et Robert Van Tran (ancien délégué syndical).
De gauche à droite : Eugène Gohou (nouveau délégué syndical), Serge Nardelli (secrétaire général du Syndicat commerce et services des Bouches-du-Rhône) et Robert Van Tran (ancien délégué syndical).© Syndheb

Situé sur la corniche Kennedy, à Marseille, l’hôtel Nhow possède de nombreux atouts. D’abord, le site qu’il occupe borde la Méditerranée et offre une vue imprenable sur la mer et la pointe sud de Marseille ; ensuite, il jouxte la base nautique du Roucas Blanc, en cours de transformation pour devenir la marina olympique des JO de 2024. Une aubaine pour l’établissement…

Alors que le secteur de l’hôtellerie-restauration peine à recruter, fidéliser les salariés déjà en place est un enjeu primordial. Pour ce faire, l’établissement a accordé des augmentations substantielles et divers accessoires de salaires à la suite des négociations annuelles obligatoires (NAO) conclues fin mars 2022. Ainsi, les 57 salariés touchant moins de 2 000 euros (en brut) ont connu une augmentation de 10 % de leur rémunération, soit 150 euros par mois en moyenne ; ceux touchant entre 2 000 et 3 000 euros par mois (trente salariés) ont obtenu + 6 % ; enfin, ceux percevant plus de 3 000 euros par mois (six salariés) ont eu entre + 1,5 % et + 2 %.

Une méthode de négociation très aboutie

Ces résultats sont le fruit d’une méthode de négociation rodée par Robert Van Tran, à l’époque barman et délégué syndical CFDT : « Fin novembre 2021, j’ai demandé au directeur le montant de la masse salariale pour 2022 : elle augmentait de 18 000 euros. On a aussi demandé la liste anonymisée du personnel avec les salaires. Avec mon adjointe, nous avons alors fait des compartiments pour cibler au mieux les augmentations, notamment sur les plus bas salaires, tout en restant dans le budget de 18 000 euros. » Une méthode que Robert a appliquée systématiquement : « Avant d’aller en réunion, je chiffre tout, ce que ça va coûter, je donne des exemples. Fort de ce travail, j’argumente de telle façon que la direction ne peut qu’être d’accord. »

La date des NAO ne doit d’ailleurs rien au hasard : « J’ai voulu que l’on signe le plus rapidement possible, en mars, que ça entre en application en avril avec un effet rétroactif dès janvier pour que les salariés en profitent maintenant et pas à la fin de l’année. » Outre les augmentations de salaires, les NAO ont débouché sur une prime de transport de 16,67 euros à destination des salariés : en raison de la fin tardive de leur service et de l’impossibilité d’emprunter les transports en commun à cette heure-là, ils doivent regagner leur domicile en utilisant leur véhicule personnel. À cela s’ajoute la garantie d’avoir dix jours fériés par an, récupérés si travaillés ; la possibilité de toucher une partie du treizième mois avant la fin de l’année ; un jour de congé rémunéré supplémentaire en cas d’enfant malade ; une prime de 500 euros versée aux salariés ayant reçu la médaille d’honneur du travail.

Les effets d’un dialogue social constructif

Comment expliquer ces résultats ? « On a toujours eu un dialogue social constructif, explique Robert, on a toujours pu argumenter et présenter nos demandes. » Serge Nardelli, secrétaire général du Syndicat commerce et services des Bouches-du-Rhône, l’atteste : « L’image de l’hôtel est forte ; si elle était écornée, tout s’écroulerait. C’est un rapport de force sain. Et ici, on a des interlocuteurs avec lesquels on peut s’entendre. » En effet, si NH Hotel Group exploite l’hôtel sous sa marque Nhow, c’est bien la Société hôtelière du Palm Beach, le propriétaire de l’établissement, qui prend les décisions concernant les salaires. Un propriétaire « bienveillant » envers les salariés, selon Serge Nardelli : « Bien sûr, ces mesures ont un coût, mais il faut motiver les salariés. Ce que comprennent le propriétaire et la direction. »

Ces NAO 2022 ont été les dernières pour Robert Van Tran. Après trente-sept années passées dans cet hôtel, le barman est parti à la retraite au printemps. Mais il n’a pas complètement lâché la section CFDT (une cinquantaine d’adhérents sur une centaine de salariés, 89 % aux dernières élections en 2019) : il épaule désormais Eugène Gohou, le nouveau délégué syndical. « Je l’aide à préparer les réunions, je donne un coup de main au juridique. Si besoin, je rédige des courriers », indique Robert. Eugène, lui, travaille dans cet établissement depuis 1990 en tant qu’économe : « J’ai été l’un des premiers adhérents CFDT de l’hôtel, lorsque la section s’est créée, il y a vingt-six ans. » « Une très belle section, ajoute Serge Nardelli. On a réussi à construire quelque chose ! »

De l’intéressement pour les salariés de l’Intercontinental de Marseille
Du côté de l’hôtel Intercontinental, situé à proximité du Vieux-Port de Marseille, un accord d’intéressement a été signé le 28 juin. Il repose sur deux critères : le résultat brut d’exploitation et la satisfaction des clients. Pour chacun de ces critères, des paliers ont été définis selon que l’objectif fixé a été dépassé, seulement atteint ou qu’il n’a pas été atteint. Le montant de la prime varie donc en conséquence. Au total, les salariés pourront toucher jusqu’à 2 200 euros par an si les objectifs ont été dépassés. Selon Serge Nardelli, secrétaire général du Syndicat commerce et services des Bouches-du-Rhône, « c’est un accord remarquable, rare et équitable. Tous les salariés en profiteront, qu’ils soient employés ou cadres, dès lors qu’ils ont trois mois d’ancienneté ».