À la Semitan, la CFDT championne de la communication

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iconeExtrait de l’hebdo n°3803

Pénibilité, incivilités… : les autorités de l’agglomération nantaise sont régulièrement interpellées par la section CFDT des transports urbains qui alerte, sensibilise et communique afin d’améliorer leurs conditions de travail et le bien-être des usagers.

Par Claire Nillus— Publié le 14/12/2021 à 13h00

L’équipe de la Semitan (à Nantes) a gagné « Le Grand Boost » avec 11 % d’adhésions supplémentaires de janvier à octobre 2021.
L’équipe de la Semitan (à Nantes) a gagné « Le Grand Boost » avec 11 % d’adhésions supplémentaires de janvier à octobre 2021.© Syndheb

De la Chine au Canada, la section CFDT de Semitan s’est fait connaître avec la fameuse « victoire de la jupe ». En juin 2017, tandis que la France connaît une vague de très forte chaleur, la direction refuse aux conducteurs le port du bermuda. Qu’à cela ne tienne ! Les militants CFDT sont venus travailler en jupe, vêtement autorisé pour leurs collègues femmes. Avec cet épisode qui a fait le buzz dans les médias, les salariés de la Semitan ont gagné le droit de porter des vêtements adaptés en cas de canicule. Depuis, ils continuent de convoquer la presse pour faire écho à leurs revendications, qu’ils déclinent d’ailleurs sur YouTube et les réseaux sociaux, dans leurs tracts, leurs newsletters, sur leur site.

Une information tous azimuts

Par tous les moyens, la section informe les salariés, les pouvoirs publics et les citoyens sur l’actualité de leur réseau de bus et trams. Celui-ci est géré par Nantes Métropole et dessert 24 communes cumulant plus de 656 000 habitants. La collectivité en a confié la gestion à la Semitan (Société d’économie mixte des transports en commun de l’agglomération nantaise), qui emploie 2 150 salariés en CDI, dont 1 300 conducteurs. La CFDT y est majoritaire avec 43,34 % des voix, devant Sud (28,71 %) et la CGT (22,42 %).

« Nous considérons que la communication fait complètement partie de notre travail syndical, explique Didier Sauvêtre, élu CFDT. On entend trop souvent les gens se demander : “Mais que font les syndicats ?”. Si on ne montre pas ce que l’on fait, qui le fera savoir à notre place ? Trop souvent, nos actions sont la partie cachée de l’iceberg ; échanger avec la direction ou avec la presse fait pourtant partie de notre quotidien. Nous devons prouver aux salariés que notre section fait des choses pour eux, tous les jours, et donner un maximum de visibilité à nos actions. »

Trop de ralentisseurs

Pour cela, la section ne manque pas d’idées. Après la journée de la jupe, elle décide en 2019 de sensibiliser les élus sur la prolifération des ralentisseurs, plateaux et autres dos-d’âne (1 200 en tout dans l’agglomération) aux normes floues (pentes, hauteur et implantation sont aléatoires), prolifération dont les conséquences sont désastreuses pour les conducteurs. En une seule journée, chaque bus roule en moyenne sur 200 ralentisseurs – un véritable parcours d’obstacles. Les maux sont connus : mal au dos, au cou, multiplication des arrêts de travail avec avis d’inaptitude et licenciements à la clé.

Les militants ont donc décidé de rectifier la hauteur d’un plateau ralentisseur non conforme se trouvant pile devant l’hôtel de ville (voir photo ci-dessous). Quelques pelletées de sable plus tard, la déclivité était refaite, telle qu’elle aurait dû être, avec la pente recalculée. À la suite de cette action, la métropole a procédé à l’inventaire des ralentisseurs mal conçus : près d’une centaine ! Les élus CFDT ont donc demandé une enquête à la direction sécurité environnement de l’entreprise afin d’évaluer, de façon tangible, les impacts de ces malfaçons sur la santé des conducteurs.

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© DR

1. Commission santé, sécurité et conditions de travail.

Les conclusions de la mission font état de « pics de vibration » mais en un temps d’exposition insuffisant pour être considéré comme un critère de pénibilité (huit heures d’affilée requises). La mission conseille néanmoins de mener un travail afin d’alléger ces vibrations. « Mais la métropole s’est tout de même engagée à ne pas installer de nouveaux ralentisseurs, admet Pascal Lucas, élu CFDT à la CSSCT1. « Maintenant, il va falloir que les communes les remettent tous aux normes. À raison de seulement un ou deux chantiers par an, ça va prendre des années ! », déplore-t-il.

Et ce n’est pas tout : au sein de l’agglomération, on compte aussi 1 100 ronds-points. On imagine donc aisément ce que tourner le volant d’un bus à longueur de ronds-points et de journée peut provoquer : des troubles musculosquelettiques, des tendinites et autres pathologies. La liste des atteintes à la santé des salariés est longue. « Nous essayons de trouver des reclassements dans l’entreprise, mais c’est compliqué de proposer un poste de bureau à un conducteur. »

Trop d’incivilités

Au sein de la CSSCT, les élus CFDT ont également travaillé sur un autre sujet perturbant : la hausse des incivilités. La section tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs années ; elle tracte sur la voie publique, envoie des courriers à la mairie, à la préfecture et au ministère pour dénoncer un nombre croissant d’agressions constatées, verbales et physiques. Là encore, plusieurs reportages télévisés ont relayé des témoignages de femmes, des agressions de conducteurs et mis en avant des propositions de la CFDT en vue d’améliorer la sécurité des voyageurs (travailler sur l’éclairage, la présence humaine, faire l’inventaire des zones sensibles décrites par les usagers…).

La section a même impulsé la création d’une police métropolitaine des transports en commun, sur le modèle de celle d’Orléans, l’une des premières villes à la mettre en place. « Nous transportons du public. Il nous semble normal d’élargir notre action syndicale afin de permettre à tout le monde, en particulier les femmes, d’être rassuré, de jour comme de nuit », souligne Pascal. La ville a recruté 32 agents chargés de sécuriser les tramways, bus et stations sur l’ensemble du réseau intercommunal où ils peuvent intervenir en complément de la police nationale ou municipale.

La gratuité, nouvelle source d’inquiétude

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

S’ils sont satisfaits de la création de cette brigade, les conducteurs voient d’un œil inquiet la décision, en avril dernier, de rendre les transports gratuits le week-end. La fréquentation ayant augmenté sensiblement les samedi et dimanche, la Semitan prévoit maintenant de déployer plus de rames afin d’absorber les flux supplémentaires de voyageurs. Mais qui dit plus de matériel roulant dit plus de conducteurs et plus d’investissements… tout en se privant de nouvelles recettes commerciales. « La gratuité le week-end coûte 9,5 millions d’euros à la collectivité. Il va falloir les trouver. Nous ne voulons pas être une variable d’ajustement !, déclare le délégué syndical Gabriel Magner. C’est le prochain message fort que l’on veut faire passer. »