118 journées d’actions qui ont marqué la campagne saisonniers 2021

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iconeExtrait de l’hebdo n°3789

Durant tout l’été, les équipes CFDT ont sillonné le pays à la rencontre des travailleurs saisonniers et des jeunes. Une 23e campagne marquée par une pénurie de main-d’œuvre et les inquiétudes liées à la vaccination et au passe sanitaire.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 07/09/2021 à 12h05 et mis à jour le 07/09/2021 à 13h45

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© Syndheb

« Bonjour, que faites-vous ? » Les riverains du chic 6e arrondissement de Paris sont visiblement peu habitués à voir un syndicat s’implanter pendant quelques heures sur la place Saint-Sulpice, devant l’église du même nom. En ce mercredi 25 août, le Syndicat CFDT Hôtellerie-Tourisme-Restauration (HTR) et le Syndicat interdépartemental du commerce CFDT (Sico), épaulés par l’Union régionale interprofessionnelle (URI) Île-de-France et la Fédération CFDT des Services, ont monté un barnum immanquable, visible de loin avec sa couleur orange.

Un triporteur et un Beer Bike (gros et long vélo couvert sur lequel une douzaine de personnes peuvent prendre place) complètent le dispositif. Ils permettent de poursuivre la discussion au-delà de la traditionnelle distribution de tracts et ainsi accroître la visibilité de l’action. Les habitants du quartier, curieux, se voient délivrer l’explication de la présence de la CFDT : renseigner les travailleurs saisonniers et les jeunes à propos de leurs droits, dans ce quartier qui compte de nombreux commerces et restaurants. « Je trouve que c’est bien, de renseigner », dit une passante, avant de continuer son chemin.

D’abord, apporter des réponses

Au total, les deux syndicats ont organisé quatre opérations à Paris durant le mois d’août, en allant à chaque fois dans des quartiers très commerçants, comme au Châtelet ou à Opéra. « On a eu beaucoup de questions sur la vaccination ; est-ce obligatoire ? est-ce que je risque de me faire licencier ? », explique Stéphanie Dayan, secrétaire nationale de la CFDT-Services, chargée notamment des saisonniers. « La vaccination est une porte d’entrée pour pouvoir discuter. À travers ces actions, on montre qu’un syndicat peut renseigner sur l’actualité. »

“Ces actions permettent d’accroître la visibilité de la CFDT. Elles apportent des réponses aux jeunes sur le syndicat, la vaccination, le licenciement…”

Nadia Bosc, secrétaire régionale de l’URI Île-de-France

Nadia Bosc, secrétaire régionale de l’URI Île-de-France, chargée des jeunes, abonde : « Ces actions permettent d’accroître la visibilité de la CFDT. Elles apportent des réponses aux jeunes sur le syndicat, la vaccination, le licenciement… » Même si, concède-t-elle, « il n’y a pas que l’emploi qui les préoccupe. On voit apparaître d’autres problèmes : le logement, le transport… » À Paris et, plus largement, en Île-de-France, les travailleurs saisonniers sont plutôt rares. Les actions sont donc plus ciblées sur les jeunes. « Il y a beaucoup d’étudiants qui travaillent. Sinon, ce sont des jeunes sortis du système scolaire qui enchaînent des CDD. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui n’ont pas trouvé d’alternance ou de stage, en raison de la crise. Les patrons sont sceptiques, ils ne veulent plus prendre de risque. » La peur d’une nouvelle fermeture administrative durant l’automne à cause de la Covid-19 n’a pas quitté les esprits.

Faire connaître les nouvelles conventions collectives

Du côté de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, si l’attention s’est bien sûr portée sur les salariés des hôtels-cafés-restaurants et autres saisonniers dépendants du tourisme balnéaire, plusieurs actions ont également eu lieu en direction des saisonniers agricoles, d’autant que deux nouvelles conventions collectives nationales (celle des exploitations agricoles et des coopératives d’utilisation de matériel agricole et celle des entreprises de travaux et services agricoles, ruraux et forestiers) ont été récemment signées. Plusieurs dispositions de ces deux conventions collectives sont entrées en vigueur le 1er avril 2021 ; alors il faut les faire connaître. « Il y a des avancées sociales concernant les déplacements des salariés, le travail de nuit. Ces dispositions sont assez méconnues des employeurs et encore plus des saisonniers, qui bien souvent sont étrangers », constate Géraldine Germain, secrétaire générale adjointe de l’URI Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Une centaine de militants mobilisés

L’amélioration de la situation sanitaire a permis à la campagne 2021 d’être plus riche en actions que l’année passée. Ainsi, la CFDT recense 118 journées d’actions menées sur l’ensemble du territoire national. Plus d’une centaine de militants ont été mobilisés et ont distribué environ 20 000 bracelets et 50 000 éventails. « C’est une bonne campagne de reprise », estime Inès Minin, secrétaire nationale à la Confédération chargée du dossier des saisonniers. « Les organisations ont eu moins de difficultés à trouver des militants disponibles pour les actions. Et on a senti que les militants étaient contents de retrouver le terrain », après plus d’un an d’incertitudes.

Sur les différentes actions auxquelles elle a assisté, la secrétaire nationale constate que les difficultés de recrutement des restaurants ont constitué un problème récurrent. « La saison a débuté de manière effective le 14 juillet, mais il n’y avait pas eu d’anticipation. Les saisonniers ont dû assurer plus que leur charge de travail. Par exemple, en Dordogne, dans un restaurant, la cheffe était seule en cuisine. Idem en salle, une seule personne pour le service. Il n’y avait pas assez de main-d’œuvre, et pas de recrutement. » Par endroits, les employeurs ont fait le choix de recruter de la main-d’œuvre peu expérimentée, ce qui a pu être une aubaine pour certains qui n’arrivaient pas à trouver un emploi les autres étés, ne faisant pas le poids face à des saisonniers très expérimentés. « Ces difficultés de recrutement doivent nous permettre de pousser nos revendications sur les conditions de travail et l’attractivité des métiers », souligne Inès Minin.

La situation sanitaire et ses incertitudes

Ce problème de main-d’œuvre a aussi été constaté dans le secteur de l’agriculture. Géraldine Germain l’affirme : « Les employeurs n’anticipent pas leurs recrutements, les salariés ne viennent pas. » Par ailleurs, « ils sont inquiets concernant le renouvellement de leur contrat. Ils n’ont aucune visibilité, en raison des conditions climatiques et de la Covid-19. Les employeurs appellent du jour au lendemain. Difficile pour ces salariés de se projeter ».

Du côté du secteur du tourisme, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la secrétaire générale adjointe de l’URI Paca a observé une explosion des questions concernant la formation. « Les salariés habitués à travailler durant les saisons ne voient pas d’issue pérenne. Beaucoup cherchent des solutions et envisagent de ne pas forcément rester dans le secteur. »

L’autre problème de l’été, c’est la situation sanitaire et ses inconnues. Les questions liées au passe sanitaire et à la vaccination sont fréquemment apparues lors des différentes actions. « Où se faire vacciner ? est-ce possible sur les heures de travail ? peut-on se faire dépister rapidement ?… », énumère Inès Minin. Et puis revient, comme chaque année, l’épineuse question du logement. « Le logement accentue la pénurie de main-d’œuvre. Les saisonniers, avec la Covid-19, connaissent des problèmes financiers. Et les propriétaires préfèrent louer aux vacanciers qu’aux saisonniers. » Question de rentabilité. « Parfois, l’employeur prévoit le logement et parfois non. Et pas question que toute la paie passe dans le logement. Ce qui privilégie les saisonniers locaux », observe-t-elle.

Les outils numériques CFDT

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

La campagne 2021 a été l’occasion de promouvoir les outils numériques destinés aux jeunes et aux saisonniers. L’application pour smartphones « Ma Saison » et la maison virtuelle des saisonniers, disponible sur le site internet de la CFDT. « On a aussi eu des actions avec des missions locales et des acteurs locaux. Des partenariats à renforcer l’année prochaine pour toucher davantage les jeunes », selon la secrétaire nationale. Rendez-vous à l’été 2022 !

Activité partielle et salariés saisonniers

Le ministère du Travail a transmis pour avis à la Commission nationale de la négociation collective, de l’emploi et de la formation professionnelle (CNNCEFP) un projet d’ordonnance concernant les travailleurs saisonniers. Ces derniers, s’ils ont un contrat de travail saisonnier avec une clause de réembauche, pourront bénéficier de l’activité partielle de longue durée (APLD).

Le ministère souhaite aussi prolonger jusqu’au 31 décembre 2022 les articles 3, 5, 6 et 8 ter de l’ordonnance du 27 mars 2020 concernant l’indemnité minimale d’activité partielle pour les salariés à temps partiel, la suspension de la majoration de l’indemnité lors d’une formation durant la période d’activité partielle, le fait que l’employeur n’a pas besoin de recueillir l’accord des salariés protégés eu égard à leur placement en activité partielle si tous les salariés sont concernés et la mise en place d’une indemnité minimale pour les intérimaires.