Une formation qui change la vie

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Un élan prometteur

Depuis une dizaine d’années, la branche professionnelle de la propreté a mis en place un dispositif de formation spécifique pour ses salariés qui leur permet de progresser professionnellement et surtout personnellement. Une initiative qui mériterait d’être davantage connue et déclinée dans d’autres secteurs.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 29/04/2022 à 09h00

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© REA

« On est dans le noir. Quelqu’un qui ne sait pas bien parler, lire ou écrire sur son lieu de travail, c’est comme s’il était aveugle. » Avec un large sourire, Cétina, 38 ans, affiche sa fierté de pouvoir se faire comprendre. « Je ne cherche plus à me cacher de mes collègues pour éviter une conversation, à faire semblant. C’était difficile mais ça en vaut la peine. »

Acquérir des compétences « clés en main »

Comme elle, deux millions de personnes rencontrent aujourd’hui des difficultés à communiquer en français, à lire ou à écrire. Une situation qui génère des difficultés potentielles dans leur vie professionnelle, et qui peut être à l’origine de dysfonctionnements ou d’accidents.

Pour pallier cela, la branche propreté a mis en place, il y a une dizaine d’années, le dispositif « Clés en main ». Une formation sur deux niveaux qui permet d’acquérir la Maîtrise des compétences clés de la propreté (MCCP), certifiée par un diplôme.

Ouvert à tous les salariés des entreprises de la propreté qui en font la demande, il est longtemps resté méconnu des salariés comme des entreprises. Mais chez Samsic (qui emploie 45 000 salariés et regroupe 90 nationalités différentes), on est convaincus depuis longtemps de son utilité.

“Chez le client, souvent, je ne comprenais pas les consignes. J’avais honte de demander de l’aide, alors je hochais la tête et j’essayais de comprendre les gestes. Aujourd’hui, j’arrive à communiquer plus facilement, je suis autonome.”

Cétina, 38 ans, a bénéficié d'une formation dite contextualisée.

Le site rennais de cette entreprise est particulièrement investi. Il faut dire que Sylvie Jacoberger, la déléguée syndicale, en a fait son cheval de bataille. Chaque année, dix salariés (sur les 750 que compte l’établissement rennais) utilisent leur CPF pour faire cette formation.

« Ce n’est pas toujours facile de convaincre les salariés, car cela peut être vu comme un aveu de faiblesse. Au début, se souvient-elle, on s’est aperçu que beaucoup de salariés venaient accompagnés de leurs enfants, pour des démarches administratives ou autres. C’est comme ça qu’on a réussi à les persuader que cette formation pourrait les aider à la fois dans leur vie personnelle mais aussi professionnelle. Désormais, les salariés nous remercient… et ce sont les enfants qui nous en veulent, parce que leurs parents comprennent ce qu’ils signent », sourit-elle. Le bouche-à-oreille a fait le reste.

Cétina, elle, n’a pas hésité longtemps. Pour ne plus être livrée à elle-même, confie-t-elle. « Chez le client, souvent, je ne comprenais pas les consignes. J’avais honte de demander de l’aide, alors je hochais la tête et j’essayais de comprendre les gestes. Aujourd’hui, j’arrive à communiquer plus facilement, je suis autonome. Ça m’aide dans la vie de tous les jours et à mieux connaître le métier. » Car c’est là le gros avantage de cette formation dite contextualisée (lire l’encadré) : elle s’appuie principalement sur l’environnement de travail – utilisation du vocabulaire et des outils spécifiques aux métiers de la propreté, notamment – afin de permettre aux salariés de gagner en autonomie professionnelle. Du côté des managers aussi, les avis sont unanimes. « Les responsables d’exploitation sont très demandeurs car ils veulent fidéliser leurs salariés. Ils voient aussi une nette diminution des incidents, grâce à une meilleure utilisation des produits et des bons dosages, par exemple », note Sylvie.

Consécration ultime, l’obtention du diplôme1est une marque de reconnaissance des efforts consentis par ces salariés. « Aujourd’hui, j’ai ce papier qui dit que je sais faire mon métier et je le connais. Voilà la preuve. Vous n’imaginez pas ce que cela représente », insiste Cétina, émue.

À ce jour, une quinzaine de branches professionnelles proposent des certificats CléA dits contextualisés, c’est-à-dire adaptés aux métiers.

On y retrouve le commerce alimentaire, premier pourvoyeur de candidats devant la propreté, mais également l’agriculture, le BTP ou encore le sanitaire et social. En 2021, malgré la crise sanitaire, 2 147 salariés ont bénéficié de ces formations qui, une fois validées, ouvrent aux salariés la possibilité d’un CQP (certificat de qualification professionnelle).