Titre-restaurant : le tour de passe-passe

temps de lectureTemps de lecture 3 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3842

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 22/09/2022 à 10h15

image
© Richard Damoret/RÉA

L’objet social du titre-restaurant aurait-il été dévoyé ? Deux dispositions visant à assouplir ses modalités d’utilisation, et passées relativement inaperçues, inquiètent la CFDT. La première, prise dans le cadre de la loi pouvoir d’achat d’août dernier, élargit la liste des produits éligibles au titre-restaurant à l’ensemble de l’alimentation. La seconde, qui doit encore faire l’objet d’un décret, rehausse le plafond quotidien d’utilisation de 19 à 25 euros.

« Présenter l’augmentation du plafond du titre-restaurant comme une mesure de pouvoir d’achat, c’est se moquer du monde, » résume la CFDT qui dénonce l’instrumentalisation d'un dispositif « historiquement créé afin de permettre aux salariés ne bénéficiant pas de locaux de restauration d’avoir accès à un repas complet et sain. » Augmenter le plafond au nom du pouvoir d'achat revient à permettre aux travailleurs de « dépenser plus vite leur dotation mensuelle. » Et ce, alors même que le gouvernement a refusé la demande syndicale d’inciter les entreprises à augmenter la valeur du titre-restaurant.

Quant à l’élargissement des produits éligibles à tous les produits alimentaires, y compris la confiserie ou l’alcool, il apparaît comme une « faveur » accordée aux moyennes et grandes surfaces, au détriment des restaurants et commerces de bouche déjà largement fragilisés par la crise sanitaire et le développement du télétravail. 

Quid du chèque alimentaire ?

Plus globalement, on peut s’interroger sur la propension du gouvernement à assouplir les conditions d’utilisation du dispositif au nom du pouvoir d’achat des salariés, reportant ainsi une nouvelle fois la création du chèque alimentaire. Annoncée en décembre 2020 lors de la restitution de la Convention citoyenne pour le climat, la mesure n’a jamais vu le jour – bien que sa mise en place ait été votée par le Parlement en juillet 2021. « Le pouvoir d’achat comme la santé des salariés ne peuvent être instrumentalisés à des fins de communication politique, estime la CFDT, qui demande au gouvernement de revenir en arrière pour remettre le dispositif en conformité avec son objet social. »