Télétravail, pas si simple…

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Les codes du monde nouveau

Cette organisation de travail impacte la vie de tous les travailleurs. Il y a ceux qui aiment, ceux qui détestent, ceux qui habitent loin, ceux qui vivent dans un tout petit logement, ceux qui apprécient leurs collègues et ceux qui les fuient… Qui sont les télétravailleurs ?

Par Claire Nillus— Publié le 26/11/2021 à 10h16

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© Naturimages

La pandémie a fait exploser le nombre de télétravailleurs. Près de 40% des salariés français ont travaillé à distance à 100 % pendant le confinement de mars-avril 2020. Toutefois à la fin août 2021, leur proportion était quasiment revenue à son niveau d’avant-crise, avec 19% de salariés bénéficiant d’un jour de télétravail par semaine au moins (source : Dares). Ce qui a changé, c’est le nombre de jours télétravaillés, en hausse (3,6 jours par semaine en moyenne contre 1,6 jour avant la pandémie), ainsi que les profils des télétravailleurs, plus variés.

Avant mars 2020, le télétravailleur-type est salarié d’une grande entreprise (5 % seulement sont dans des sociétés de moins de dix salariés), il est autonome et à l’aise avec les outils informatiques. Pendant la crise sanitaire, il est apparu à certains comme un privilégié par rapport aux travailleurs de première ligne ; une vision un peu trop idyllique : les parents d’enfants scolarisés (lorsque les classes ont repris en présentiel) étaient-ils moins exposés au virus en restant chez eux ? Pas si sûr. D’autres, confinés contre leur gré, l’ont mal vécu et se sentaient moins essentiels.

Les enquêtes du cabinet Empreinte Humaine l’ont mis en exergue : un télétravailleur sur deux était en situation de détresse psychologique en 2020 (perte de repères, impossible déconnexion, envahissement de la sphère privée, conflits avec l’entourage proche ou sentiment de solitude…). Certes, il s’agissait de télétravail exceptionnel, à temps plein, mais cet état d’angoisse perdure et ne doit pas être passé sous silence, et pas plus le fait que le télétravail demeure un facteur d’inégalités entre les secteurs d’activité, les métiers et les personnes.

Si, avant la crise, 61% des télétravailleurs étaient des cadres (Dares, 2017), pendant la pandémie, le télétravail a concerné également 20% des employés et 2% des ouvriers. Surtout, 44% des télétravailleurs du premier confinement ont été des primo-accédants à cette forme de travail (Insee) et beaucoup ont exprimé le vœu de conserver un à trois jours de travail par semaine à domicile.

Autre changement, le déploiement du télétravail dans la fonction publique. Les chiffres du ministère indiquent que 56% des agents de la fonction publique de l’État ont travaillé à distance au moins un jour en mars 2020. Une petite révolution pour ces agents et, plus généralement, pour l’ensemble des 5,6 millions de fonctionnaires et contractuels, pour qui l’accord-cadre relatif à la mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique, signé par les partenaires sociaux en juillet 2021, va permettre de pérenniser cette nouvelle organisation.

Les 18-35 ans, plus enclins à retrouver le collectif

Un article des Échos d’avril 2020 titrait : Après la crise du coronavirus, il faudra de bonnes raisons pour aller au bureau. L’envie du retour sur site varie cependant avec l’âge du télétravailleur ; ainsi, 79 % des actifs âgés de 18 à 26 ans étaient très impatients de retrouver leur bureau à la rentrée, contre 54 % des actifs âgés de 50 à 64 ans (enquête « Mon bureau post-confinement III », de l’Essec).

Dans une autre étude (Abbyy, société spécialisée dans l’intelligence digitale) de février 2021, les digital natives (25-35 ans), pourtant à l’aise avec les outils numériques, estiment que ce nouveau mode de travail est plus difficile et entraîne des procédures souvent complexes. Pour eux, le bureau représente encore l’opportunité de tisser un réseau professionnel et d’échanger avec des collègues.

Les envies de télétravail varient aussi selon que l’on a ou non des problèmes de transport. Dans l’enquête en ligne « Mon travail à distance, j’en parle ! » – conçue par le cabinet de conseil Res publica pour la CFDT, Terra Nova et Metis Europe –, six répondants sur dix disent vouloir télétravailler plus souvent (avec de nouveaux outils, si possible, pour 51 % d’entre eux), ce résultat est impossible à analyser sans évoquer la question des transports (problématique pour 42 %, selon le rapport de Terra Nova).

De plus, la mise en place du télétravail est parfois due à des changements d’organisation peu enviables : délocalisation du siège loin du centre-ville, multiplication des open spaces et développement du flex office, qui ne sont pas forcément du goût des salariés. C’est le cas chez PSA, dont la direction a annoncé, en mai 2020, vouloir mettre 3 000 salariés en télétravail de trois et demi à quatre jours par semaine. La section CFDT a réagi et réalisé un sondage : le non au télétravail massif l’a emporté avec 56 % des réponses. Finalement, les principaux avantages invoqués pour télétravailler n’étaient que le gain de temps de trajet et les économies sur les frais de transport. Deux sujets bien éloignés des questions liées à la qualité du travail et à la qualité de vie au travail, qui sont les véritables enjeux posés par le développement du télétravail.

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Claire Nillus
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