Le plan “1 jeune, 1 solution” à l’heure du bilan

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iconeExtrait de l’hebdo n°3786

Le 8 juillet, la ministre du Travail dressait publiquement un premier bilan du plan pour l’emploi des jeunes, érigé comme une priorité nationale un an plus tôt. La CFDT, elle, dévoilait les résultats de son enquête Focus jeunes, portant sur le ressenti des 16-30 ans.

Par Anne-Sophie Balle et Nicolas Ballot— Publié le 13/07/2021 à 12h00

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© Vincent Jarousseau

Serait-on finalement parvenus à sauver une génération que d’aucuns pensaient sacrifiée ? À la fin juillet 2020, l’exécutif dévoilait les contours de son plan « 1 jeune, 1 solution ». Une myriade de dispositifs et une enveloppe globale de 9 milliards d’euros destinés à faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail, à simplifier l’accès à la formation et à accompagner les jeunes les plus éloignés de l’emploi avec un parcours sur mesure. Un an plus tard, c’est donc à grand renfort de communication que la ministre du Travail a dressé un premier bilan. Au total, « plus de 2 millions de jeunes ont bénéficié d’une solution », affirme Élisabeth Borne – regroupant ainsi les différents parcours d’insertion, les formations mais aussi les aides à l’embauche et à l’apprentissage.

Ce que le plan “1 jeune, 1 solution” aurait permis

Côté emploi à proprement parler, le plan a « permis de maintenir le niveau des embauches [et de] contenir l’augmentation du chômage des jeunes, qui n’est que de 6 % entre décembre 2019 et mai 2021 contre 30 % lors de la crise de 2008-2009 », assure la ministre. Au total, 1,8 million d’embauches de jeunes de moins de 26 ans ont eu lieu entre août 2020 et mai 2021 (CDI ou CDD de plus de trois mois), les aides à l’embauche des jeunes côté entreprise (jusqu’à 4 000 euros) y ayant sans doute contribué. Il en va de même pour le volet apprentissage – avec 525 600 contrats signés en 2020 (+ 42 % par rapport à 2019) – auquel s’ajoutent les 90 000 jeunes formés pour les secteurs stratégiques de la relance : l’écologie, le numérique, l’industrie et la santé.

La CFDT appelle néanmoins à « relativiser quelque peu ces chiffres, sans doute dopés par les 545 000 primes exceptionnelles à l’apprentissage demandées par les entreprises, mais aussi la chute du nombre de contrats de professionnalisation, autre volet de l’alternance. Sans oublier ces 40 000 apprentis qui se sont retrouvés privés d’employeur du fait de la crise ».

Extension ou universalisation de la Garantie jeunes ?

Le chiffre à retenir, c’est peut-être ces 800 000 jeunes éloignés de l’emploi qui ont bénéficié d’un parcours d’insertion depuis août dernier, dont 121 000 Garantie jeunes ; « un dispositif auquel nous croyons beaucoup », analyse la ministre. Expérimentée en 2013 puis généralisée en 2017, la Garantie jeunes assure aux 16-25 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation un accompagnement intensif en mission locale assortie d’une allocation mensuelle d’environ 500 euros. En février 2021, le gouvernement avait choisi d’assouplir les conditions d’entrée dans le dispositif et d’en faire la mesure phare du plan en faveur de l’insertion sociale avec le doublement du nombre de places (soit 200 000 en 2021) et des moyens supplémentaires pour les missions locales, chargées de la mise en œuvre dudit dispositif.

1. Dans le cadre d’une table ronde organisée par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis).

2. Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie.

Un geste apprécié mais qui répond à une culture du court terme, regrette cependant le président de la commission de l’insertion des jeunes du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse Antoine Dulin1. « N’oublions pas que la Garantie jeunes en 2018 avait vu ses financements complètement baisser. Même chose sur la question du Pacea2. On est toujours dans une logique de stop and go budgétaire et, in fine, on reste sur un plan avec une dimension conjoncturelle qui n’est pas une transformation en profondeur des politiques d’insertion sociale et professionnelle des jeunes. »

En attendant la Garantie jeunes universelle

Ensemble, « ces dispositifs constituent le socle de la Garantie jeunes universelle », affirme de son côté la ministre du Travail, dont les arbitrages tardent à venir. « La concertation sur la Garantie jeunes, annoncée en février puis reportée en avril, n’a finalement jamais eu lieu », déplore Inès Minin, secrétaire nationale chargée des jeunes. A la veille de l'allocution présidentielle, tous les regards étaient tournés vers le chef de l’État, qui doit offrir un nouveau coup de pouce à ce dispositif dans les prochaines semaines. « Une garantie jeunes universelle, ce n'est pas une petite décision et les services de Bercy regardent la dépense avec beaucoup d'attention. On doit s'assurer de tenir la promesse, » résumait Elisabeth Borne lors de la présentation du bilan du plan jeunes.

La restitution en live de l’enquête CFDT Focus jeunes, “Anticiper la fin de la crise sanitaire et la reprise : redonner des perspectives aux jeunes”

Être jeune en temps de crise, retour sur les résultats de l’enquête Focus

Afin d’anticiper leurs besoins et leurs attentes au moment où la crise sanitaire s’atténue et où la reprise s’amorce, la CFDT a invité les jeunes de 16 à 30 ans à s’exprimer sur leur vécu dans cette période difficile. En un mois, plus de 1 300 jeunes ont ainsi répondu à l’enquête Focus en ligne sur le site de la CFDT. Les résultats de cette enquête Focus ont été présentés lors d’un Facebook Live organisé le 6 juillet. « À la question de savoir quels étaient les trois mots qui représentaient le plus leur état d’esprit durant la période, les jeunes répondent “isolement” (à 38,7 %), “lassitude” (37,9 %) et “stress” (29,5 %) », alerte Marie Bretonnière, déléguée jeunes à la Confédération.

Plus globalement, l’étude des résultats de l’enquête fait apparaître quatre grands enseignements. Tout d’abord, un fort besoin d’un accompagnement sur mesure, associé à une aide financière. « Dans les verbatim revient souvent la demande de mettre en place un revenu minimum pour les jeunes, qui assurerait au moins la possibilité à chacun de dormir et de manger dignement. »

Détresse psychologique et perte d’espoir en l’avenir

Arrive ensuite un haut niveau de détresse psychologique, qui apparaît dans 15 % des verbatim « Des jeunes nous ont écrit être en grande difficulté psychique, certains avoir pensé plusieurs fois au suicide ; d’autres nous parlent de leurs amis ou connaissances qui se sont suicidés, et cela reste un grand traumatisme pour eux », insiste Marie.

L’autre enseignement de cette enquête réside dans la myriade de dispositifs jeunes trop peu connus et donc trop peu utilisés. « Les jeunes aimeraient que les dispositifs jeunes soient simplifiés, et qu’ils soient informés de leurs droits. » Une manière, selon eux, de garder un peu espoir en l’avenir, résume Marie Bretonnière. « Beaucoup de jeunes disent avoir du mal à se projeter dans l’avenir depuis cette période de crise sanitaire. Le nombre de décrocheurs a augmenté, dû au fait que les cours ont eu lieu en distanciel ou par manque de financement qui est dû à l’impossibilité que connaissent les jeunes de trouver des boulots alimentaires. »