Polytechnyl, symbole d’une vallée industrielle qui vacille

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icone Extrait de l'hebdo n°4010

Le 27 avril 2026, le tribunal des affaires économiques de Lyon a validé le projet de reprise de Polytechnyl par le fonds d’investissement américain Lone Star. Une offre a minima, qui laisse près de 500 salariés sur le carreau. Récit d’une banqueroute orchestrée.

Par Anne-Sophie BallePublié le 12/05/2026 à 12h00

L’intersyndicale devant le ministère de l'Industrie, à Paris, le 14 avril 2026.
L’intersyndicale devant le ministère de l'Industrie, à Paris, le 14 avril 2026.© DR

Un « dépeçage industriel ». C’est ainsi que les syndicats de Polytechnyl (entreprise chimique spécialisée dans les polyamides) analysent la décision du tribunal de commerce de Lyon tombée fin avril. Certes, il n’y avait pas grand suspense – le fonds texan Lone Star étant, des huit candidats initiaux à la reprise, le seul encore en lice. Faute d’alternative, le projet américain, qualifié par le tribunal lui-même de « faible et décevant sur le plan social », s’impose pourtant, entraînant vers le fond des centaines de salariés et un pan de l’écosystème industriel local. « Un an après le cas Vencorex, c’est un nouveau drame social et industriel qui se joue dans la vallée de la chimie, estime pour sa part Estelle Delaune, secrétaire du Scerao1.

De fait, le plan de reprise d’un montant de 10,1 millions d’euros, ne concerne ni les sites, ni les lignes de production, ni les salariés : seuls 72 emplois sont momentanément repris sur les près de 460 que compte l’usine principale de Saint-Fons (Rhône). Les 88 salariés de l’usine de filature de nylon établie Valence (Drôme) ne sont quant à eux tout bonnement pas inclus dans la reprise. De Polytechnyl, Lone Star ne garde in fine que les marques, les brevets R&D et les fichiers clients… organisant « le rapt de la valeur au détriment des emplois et des territoires », dénonce la CFDT. Une banqueroute orchestrée avant la liquidation totale en somme. »

Le désengagement de l’État

En effet, depuis le placement de leur entreprise en redressement judiciaire fin janvier 2026, les 547 salariés de Polytechnyl se savaient en sursis. Tous redoutaient une décision qui condamnerait définitivement l’entreprise. L’intersyndicale (CFDT, CGT, Unsa, CFE-CGC) qui planchait depuis plusieurs semaines sur un plan de retournement, espérait encore un coup de pouce de la puissance publique. Une rencontre a d'ailleurs été organisée au ministère de l'Industrie à la mi-avril. Mais le cri d'alerte des élus est resté lettre morte. Sur le site rhodanien, la rancœur est grande. « Je suis écœuré, c'est de la frustration, de la colère, lâche le délégué syndical CFDT. Il y a de la tristesse aussi. L'État nous a laissés tomber. On se sent abandonnés par notre gouvernement. »

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

L’action de la CFDT aura néanmoins permis à 48 salariés de bénéficier d’un CSP (contrat de sécurisation professionnelle) de 12 mois. « Un minimum, estiment la FCE et la CFDT Auvergne-Rhône-Alpes dans un communiqué commun, qui illustre une triste réalité : quand l’État et le patronat faillissent, la solidarité collective demeure le dernier rempart. » 

Trente ans de rachats industriels et de restructurations

La liquidation de Polytechnyl et le plan de cession, validé le 27 avril 2026, constituent, au-delà d’une casse sociale massive, le dernier épisode de l’éclatement des usines chimiques du géant français historique Rhône-Poulenc. En difficulté depuis le désengagement de l’État des industries françaises qui se privatisent, Rhône-Poulenc décide, en 1998, de se scinder en deux : la partie pharmacie devient Aventis (Sanofi) quand la partie chimie est regroupée sous l’entité Rhodia, elle-même rachetée par Solvay en 2011.

Nouvelles difficultés, et nouveau retournement industriel en 2017, quand Solvay décide de vendre sa section polyamides. BASF, le géant allemand, se positionne mais se voit bloqué par la Commission européenne qui y voit un risque d’abus de position dominante. Résultat : c’est Domo Chemicals qui reprend les rênes en 2019 et s’achète le site de Saint-Fons Belle-Étoile et celui de Valence, ainsi que deux autres en Espagne et en Pologne.

Trop grosse, la part du gâteau ? Certainement. D’autant que la guerre en Ukraine augmente les coûts énergétiques de production et les difficultés financières. En 2025, un premier PSE a été annoncé, 155 postes ont été supprimés… jusqu’à janvier 2026, où le groupe a été placé en redressement judiciaire.