Neuf ans après le drame du Rana Plaza, le combat pour les droits des travailleurs se poursuit

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iconeExtrait de l’hebdo n°3822

Par Pauline Bandelier— Publié le 03/05/2022 à 12h00

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© Xinhua/Zuma-RÉA

Le 24 avril 2022, des travailleurs ont déposé une gerbe devant le monument du Rana Plaza au Bangladesh, tandis que la Fédération nationale des travailleurs de l’habillement (NGWF) rappelait la situation des familles de travailleurs décédés et de ceux rendus invalides à la suite de l’effondrement du bâtiment. Neuf ans plus tôt, cet immeuble qui abritait plusieurs ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales de vêtements comme Mango, Benetton, Primark, Tex (Carrefour), In Extenso (Auchan), Camaïeu et H&M s’effondrait, tuant 1 138 ouvrières et ouvriers et en blessant gravement plus de 2 000 autres : « Un accident de la négligence, qui aurait pu être évité, et qui a révélé des multinationales en roue libre dans la mondialisation libérale, au détriment des droits humains », rappelle le collectif Éthique sur l’étiquette sur Twitter.

Un rapport de force pour contraindre les multinationales

La tragédie a généré une vague d’émotion à travers le monde, assortie d’une demande de transparence. Sous la pression citoyenne et syndicale, les multinationales de l’habillement signent en 2013 un accord inédit visant à éviter de futurs drames : « L’accord a permis de sécuriser plus de 1 500 usines, c’était une véritable avancée. Mais il est arrivé à échéance en 2021, et nous nous mobilisons depuis pour que les multinationales signent la nouvelle version de l’accord santé et sécurité, qui pourra être élargi à des pays tel le Pakistan », explique Nayla Ajaltouni, déléguée générale du collectif Éthique sur l’étiquette. Or, des mastodontes comme Auchan – pourtant présent au Rana Plaza –, Levi’s ou Ikea refusent toujours de signer ledit accord.

Autre avancée favorisée par la tragédie du Rana Plaza, la loi sur le devoir de vigilance, obtenue en 2017 après cinq ans de lutte acharnée des associations et des syndicats. C’est la première fois en France qu’une loi responsabilise les grands groupes transnationaux s’agissant des atteintes aux droits humains et à l’environnement qui pourraient résulter des activités menées dans leurs filiales ou leurs chaînes de sous-traitance.

Une nécessaire harmonisation de la législation européenne

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Pauline Bandelier
Journaliste

Reste que le texte ne pourra pleinement s’appliquer qu’avec une harmonisation de la législation européenne, estime Nayla Ajaltouni, qui revendique « une directive européenne du devoir de vigilance permettant de rendre responsables les multinationales de leurs fournisseurs et sous-traitants ». Aujourd’hui plus que jamais, la fast fashion (mode rapide) se porte à merveille, avec l’arrivée de nouveaux acteurs qui propose des milliers de références en ligne tout en maintenant l’opacité quant à la santé des travailleurs. Le combat pour les droits des travailleurs, lui, continue.