Port de Beyrouth : les gravats utiles

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© Patrick Gaillardin

iconeExtrait du magazine n°477

Que faire des déchets produits par une catastrophe nationale ? L’explosion de deux hangars du port de Beyrouth, le 4 août 2020, provoquée par du nitrate d’ammonium, a entraîné la mort de plus de 200 personnes et a fait 6 000 blessés.

Par Laure Delacloche— Publié le 02/11/2021 à 09h03

Elle a aussi détruit le logement de 300 000 personnes, engendrant une énorme quantité de déchets. Or leur gestion pose un problème récurrent au Liban. Ceux-ci sont en presque totalité envoyés dans des décharges à ciel ouvert, polluantes, et situées pour la plupart en bord de mer. Mal gérées, elles débordent chroniquement.

Le consortium international Rubble to Mountains (Les débris dans les montagnes) rassemble un entrepreneur, une université et plusieurs organisations issues de la société civile. Il s’est emparé de la question de l’avenir des débris et trie les déchets laissés après l’explosion.

L’objectif est d’utiliser les gravats pour réhabiliter des carrières abandonnées mais aussi de valoriser les déchets en plastique et le verre. Cette initiative novatrice avance infatigablement dans un contexte de pénuries, de difficultés administratives et de corruption. En deux ans, le Liban s’est effondré. La Banque mondiale estime qu’il est frappé par ce qui pourrait être l’une des pires crises économiques mondiales depuis 1850.

Le port de Beyrouth reste dévasté. Les silos, dont la taille a protégé la partie ouest de la ville, pourraient s’effondrer. Certains produits chimiques stockés dans le port ont été envoyés en Allemagne pour être traités.
Le port de Beyrouth reste dévasté. Les silos, dont la taille a protégé la partie ouest de la ville, pourraient s’effondrer. Certains produits chimiques stockés dans le port ont été envoyés en Allemagne pour être traités. ©Patrick Gaillardin
Les quartiers résidentiels autour du port sont encore en reconstruction. Après le 4 août, une immense quantité de déchets et de débris a dû être évacuée, dont des matériaux de construction (parpaings, pierre, isolation, etc.).
Les quartiers résidentiels autour du port sont encore en reconstruction. Après le 4 août, une immense quantité de déchets et de débris a dû être évacuée, dont des matériaux de construction (parpaings, pierre, isolation, etc.).© Patrick Gaillardin
Une partie de ces gravats est transportée jusqu’à cette décharge, accolée au port. Après l’explosion, le consortium international Rubble to Mountains s’est monté pour la faire fonctionner.
Une partie de ces gravats est transportée jusqu’à cette décharge, accolée au port. Après l’explosion, le consortium international Rubble to Mountains s’est monté pour la faire fonctionner.© Patrick Gaillardin
Pour les Libanais, l’explosion est due à la négligence de la classe politique et à la corruption. Depuis, ils manifestent pour que justice soit rendue. « Les politiciens 
et leur famille sont responsables du 4 août », accuse cet homme.
Pour les Libanais, l’explosion est due à la négligence de la classe politique et à la corruption. Depuis, ils manifestent pour que justice soit rendue. « Les politiciens et leur famille sont responsables du 4 août », accuse cet homme. © Patrick Gaillardin
« 60 000 tonnes de déchets sont sur le site et 50 tonnes arrivent chaque jour », estime Elie Mansour de l’Agence des Nations unies pour l’habitat.
« 60 000 tonnes de déchets sont sur le site et 50 tonnes arrivent chaque jour », estime Elie Mansour de l’Agence des Nations unies pour l’habitat.© Patrick Gaillardin
En décembre 2020, de faibles taux d’amiante ont été détectés parmi les débris. Le projet s’est arrêté six mois. Les débris sont arrosés avec les moyens du bord pour minimiser les poussières nocives.
En décembre 2020, de faibles taux d’amiante ont été détectés parmi les débris. Le projet s’est arrêté six mois. Les débris sont arrosés avec les moyens du bord pour minimiser les poussières nocives. © Patrick Gaillardin
Mohamed Daoud dirige Development Inc. International, une entreprise spécialisée dans le plastique. Il revend ou recycle ceux présents dans la décharge. Le projet n’est pas rentable pour lui mais lui permet de gagner en visibilité.
Mohamed Daoud dirige Development Inc. International, une entreprise spécialisée dans le plastique. Il revend ou recycle ceux présents dans la décharge. Le projet n’est pas rentable pour lui mais lui permet de gagner en visibilité.© Patrick Gaillardin
Les matières plastiques issues de l’explosion qui ne peuvent pas être vendues sont chauffées, mélangées à des éclats de verre et pressées. Elles sont ensuite refroidies et transformées en plaques de matériau composite.
Les matières plastiques issues de l’explosion qui ne peuvent pas être vendues sont chauffées, mélangées à des éclats de verre et pressées. Elles sont ensuite refroidies et transformées en plaques de matériau composite.© Patrick Gaillardin
Ces plaques sont ensuite montées pour devenir des bancs. Une centaine d’entre eux seront disposés dans Beyrouth, portant une inscription en mémoire de l’explosion du port. En juillet, vingt bancs ont été produits.
Ces plaques sont ensuite montées pour devenir des bancs. Une centaine d’entre eux seront disposés dans Beyrouth, portant une inscription en mémoire de l’explosion du port. En juillet, vingt bancs ont été produits.© Patrick Gaillardin
Le consortium international n’est pas seul à s’être préoccupé de la gestion des déchets générés par l’explosion. Délaissée par l’État, la société civile s’est organisée face à la catastrophe.
Le consortium international n’est pas seul à s’être préoccupé de la gestion des déchets générés par l’explosion. Délaissée par l’État, la société civile s’est organisée face à la catastrophe.©Patrick Gaillardin
Ziad Abi Chaker, surnommé le Roi des poubelles, a fondé l’entreprise Cedar Environmental en 1996 pour valoriser des déchets de toutes sortes. Il propose des solutions de tri aux municipalités.
Ziad Abi Chaker, surnommé le Roi des poubelles, a fondé l’entreprise Cedar Environmental en 1996 pour valoriser des déchets de toutes sortes. Il propose des solutions de tri aux municipalités.© Patrick Gaillardin
Ziad Abi Chaker veut appliquer le principe du zéro déchet dans son pays. Il a transformé une partie du verre soufflé par l’explosion en carafes traditionnelles, vendues en ligne et sur un marché chic de Beyrouth.
Ziad Abi Chaker veut appliquer le principe du zéro déchet dans son pays. Il a transformé une partie du verre soufflé par l’explosion en carafes traditionnelles, vendues en ligne et sur un marché chic de Beyrouth.© Patrick Gaillardin
Le consortium, lui, prévoit de piler le verre présent, entre 4 000 et 6 000 tonnes, sur la décharge. Une fois réduit en sable, il sera mélangé aux pierres et aux parpaings concassés.
Le consortium, lui, prévoit de piler le verre présent, entre 4 000 et 6 000 tonnes, sur la décharge. Une fois réduit en sable, il sera mélangé aux pierres et aux parpaings concassés.© Patrick Gaillardin
L’objectif est de combler d’anciennes carrières, comme celle-ci, pour la plupart illégales, que leurs exploitants peu scrupuleux n’ont pas réhabilitées. Elles défigurent le paysage et sont source de pollution de l’air.
L’objectif est de combler d’anciennes carrières, comme celle-ci, pour la plupart illégales, que leurs exploitants peu scrupuleux n’ont pas réhabilitées. Elles défigurent le paysage et sont source de pollution de l’air.©Patrick Gaillardin
Une fois comblées, ces carrières peuvent être replantées. L’ONG Lebanon Reforestation Initiative, membre du consortium, l’a déjà réalisé dans la réserve naturelle du Chouf. Des cèdres, des roses et du thym y ont été plantés il y a dix ans.
Une fois comblées, ces carrières peuvent être replantées. L’ONG Lebanon Reforestation Initiative, membre du consortium, l’a déjà réalisé dans la réserve naturelle du Chouf. Des cèdres, des roses et du thym y ont été plantés il y a dix ans. ©Patrick Gaillardin