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“Engagez-vous!”
L’engagement tient bon mais les militants ont besoin de soutien dans un contexte d’affaiblissement des moyens dont ils disposent pour exercer leur activité syndicale, affirme Cécile Guillaume, sociologue.

On parle beaucoup de « crise des vocations ». Est-ce que l’envie de s’engager a vraiment régressé ?
L’appétence et l’envie de militer sont toujours là, ce sont les conditions de l’engagement qui ont changé. L’instauration du CSE [comité social et économique] a fait disparaître les premiers paliers de l’engagement.
Avant cela, on pouvait commencer par être délégué du personnel, puis membre du CHSCT [comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail] et construire pas à pas son parcours syndical, avec du temps. Ce n’est plus le cas : souvent, on passe de « rien » à « tout ». Bien sûr qu’il faut inciter les gens à s’engager, mais il faut pouvoir les accompagner, ne pas leur donner tout de suite des responsabilités dans lesquelles ils risquent de s’épuiser rapidement.
Comment avez-vous analysé les résultats de l’enquête « Parlons engagement » réalisée en 2022 à l’initiative de la CFDT ?
Cette enquête a mis en évidence le contraste entre les vertus de l’engagement, ce qu’il apporte, et la réalité de l’exercice syndical. Une partie des répondants s’est exprimée au sujet de la fatigue militante. Celle-ci peut prendre la forme d’une usure émotionnelle lorsque l’on a un mandat de proximité et que l’on soutient quotidiennement ses collègues, ou bien résulter de difficultés relationnelles avec l’employeur.
Certains ont aussi évoqué une usure « administrative », avec un calendrier imposé de réunions de CSE qui s’enchaînent, qu’il faut préparer, dont il faut faire les comptes rendus, etc. Tout dépend des mandats et du contexte dans lequel on exerce son travail syndical, mais nous avons nettement perçu cette tension entre leur vocation et leur activité de syndicaliste.
Comment l’organisation peut-elle soutenir ses militants ?
L’enquête « Parlons engagement » a donné lieu à la tournée des syndicats, en 2023, et au début d’un travail collectif devant produire une « charte de la qualité de vie militante ». Parler d’épuisement militant a permis d’identifier les problèmes et ce qu’il faut mettre en place. C’est comme cela que la CFDT a toujours progressé : en soutenant la place des femmes dans l’organisation – désormais majoritaires en nombre – ou en luttant contre la discrimination syndicale en matière d’évolution de carrière et de rémunération.
La CFDT avait soutenu plusieurs des mesures visant à revaloriser l’engagement syndical à la suite de la loi Rebsamen de 2015 [relative au dialogue social et à l’emploi], laquelle rendait obligatoire, notamment, des mécanismes de rattrapage salarial. Aujourd’hui, un militant ne paye plus le même tribut que par le passé.
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