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Les adhérents en action

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La force de l’âge

Plus de la moitié des adhérents à la CFDT-Retraités (65 % selon une enquête récente) sont investis dans des associations, des ONG, des institutions ou des partis politiques. Si on compte l’aide qu’ils apportent en plus à leurs enfants et petits-enfants, leur retraite n’a rien d’une sinécure. Aperçu avec les portraits de cinq militants de l’Union territoriale des retraités du Morbihan.

Par Didier Blain— Publié le 05/02/2021 à 10h05

Jean-Marc, 66 ans, retraité d’EDF, où il a adhéré dès son embauche, aujourd’hui membre du bureau de l’UTR-56.
Jean-Marc, 66 ans, retraité d’EDF, où il a adhéré dès son embauche, aujourd’hui membre du bureau de l’UTR-56.© Bruno Duval

“Le contraire de l’individualisme”

Qu’y a-t-il de commun entre militer à la CFDT et être bénévole à la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) ? « Oh, c’est un sujet de philo, ça ! plaisante Jean-Marc Le Clainche, qui ajoute, après quelques instants de réflexion, les deux sont le contraire de l’individualisme. » Dans sa veste orange (également couleur de la SNSM), il porte beau, Jean-Marc, 66 ans, retraité d’EDF, où il a adhéré dès son embauche, aujourd’hui membre du bureau de l’UTR-56. De ses années d’activité syndicale, il garde « un grand attachement à la retraite par répartition et l’envie de convaincre les jeunes de l’avenir de ce système ».

Aujourd’hui, il est patron suppléant de la station SNSM du golfe du Morbihan à Port-Blanc. Cette activité bénévole de sauveteur en mer, Jean-Marc l’exerce depuis qu’il est retraité. « Je faisais déjà du semi-rigide et j’avais mon permis hauturier mais je pensais que c’était réservé aux vieux cap-horniers ou aux marins retraités de la marine, mais non, c’est très ouvert. Sur cette station de l’embarcadère de l’Île-aux-Moines qui gère les interventions dans tout le golfe, nous sommes vingt-cinq bénévoles. Il y a des retraités de la marine marchande, des profs, des étudiants, des chefs d’entreprise, etc. Il faut avoir moins de 68 ans, être disponible et prêt à partir dans les quinze minutes. »

Il faut aussi être en forme. Tous les ans, les sauveteurs passent une visite médicale. Ils se forment et s’entraînent régulièrement au sauvetage, au secourisme, certains à la plongée et à l’entretien des trois navires à leur disposition : une vedette insubmersible et deux semi-rigides. En ce mois de décembre, la station n’a que peu d’interventions à faire mais dès que reviennent les beaux jours et les plaisanciers, l’activité reprend. « On fait pas mal de remorquages, les courants dans le golfe sont redoutables, et certains se font piéger, raconte Jean-Marc. Dans l’année, on a effectué 220 sorties et secouru 105 personnes. »

“Ici, les gens ont besoin de se retrouver”

Claire Duval a de multiples engagements militants. À l’UTR-56 (Union territoriale de retraités du Morbihan), elle occupe les fonctions de référente sur la pauvreté, l’exclusion et l’immigration.
Claire Duval a de multiples engagements militants. À l’UTR-56 (Union territoriale de retraités du Morbihan), elle occupe les fonctions de référente sur la pauvreté, l’exclusion et l’immigration.© Bruno Duval

« Le fonctionnement du monde me préoccupe et ça concerne aussi bien la planète que mon environnement immédiat. » En cohérence avec cette affirmation, Claire Duval a de multiples engagements militants. À la CFDT d’abord, dont elle est adhérente depuis les années 80. À l’UTR-56 (Union territoriale de retraités du Morbihan) ensuite, où elle occupe les fonctions de référente sur la pauvreté, l’exclusion et l’immigration. Elle représente aussi l’organisation au conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA). L’ancienne bibliothécaire, alors plus encline à évoluer dans le monde de la culture, a glissé vers le médico-social. « J’ai dû m’adapter aux sigles et aux enjeux », confie-t-elle. Si elle regrette le peu d’avancées obtenues au CDCA, dû au manque de volonté politique, elle se sent tout à fait à l’aise dans le Pacte du pouvoir de vivre (union de 60 organisations de la société civile dont la CFDT est cofondatrice), qui « correspond à un engagement global ».

«On essaie de proposer un accueil digne pour les demandeurs d’asile en les accompagnant dans leurs démarches pour l’obtention du statut et des droits auxquels ils peuvent prétendre »

D’ailleurs, Claire s’est investie dans le Collectif d’accueil en Pays de Lorient en 2016 à la suite de l’incurie de la jungle de Calais. « On essaie de proposer un accueil digne pour les demandeurs d’asile en les accompagnant dans leurs démarches pour l’obtention du statut et des droits auxquels ils peuvent prétendre », explique-t-elle. Elle est aussi membre du Chaînon, une structure où les immigrés sont hébergés pendant quelques jours par des citoyens.

Autre engagement de cette ancienne Parisienne qui a rallié la Bretagne dans les années 80 : Ar-Un-Dro e Gwidel (Ensemble à Guidel), une association de promotion de la culture et de la langue bretonnes. « Cette culture est très vivante même si la langue connaît de grandes difficultés, explique Claire. Les gens ici ont besoin de se retrouver, de faire des activités ensemble ; cela va de la tradition culinaire à la danse en passant par la musique. Nous faisons venir des conteurs, des musiciens pour rendre cette culture visible. Bien sûr, la crise sanitaire complique notre tâche mais c’est un aussi un acte militant auquel je suis très attachée. » 

“Lutter concrètement pour l’autonomie”

Évelyne, c’est la "patronne" des retraités du Morbihan et bretons. Et, à 67 ans, elle a non seulement une belle carrière syndicale et associative derrière elle mais aussi… devant elle.
Évelyne, c’est la "patronne" des retraités du Morbihan et bretons. Et, à 67 ans, elle a non seulement une belle carrière syndicale et associative derrière elle mais aussi… devant elle. © Bruno Duval

Évelyne, c’est l’énergie ! C’est aussi la patronne des retraités du Morbihan et bretons. Et, à 67 ans, elle a non seulement une belle carrière syndicale et associative derrière elle mais aussi… devant elle. Elle a été secrétaire de syndicat, développeuse pour Interco, secrétaire générale adjointe de l’UD 56 (Union départementale du Morbihan), représentante CFDT au Ceser (conseil économique, social et environnemental régional). Elle s’est aussi beaucoup investie dans la Fédération de la gymnastique volontaire. À peine a-t-elle quitté son poste de présidente de cette fédération sportive que les retraités du Morbihan ont fait appel à elle pour prendre la tête de l’UTR. « J’ai accepté à condition d’être entourée d’une équipe engagée. Et, aujourd’hui, ça fonctionne bien », observe-t-elle.

À quelques semaines du congrès de l’UTR (le 23 mars à Erdeven), Évelyne s’interroge sur la faible proportion de femmes parmi les 890 adhérents du département. « Elles ne sont plus que 36 % d’adhérentes retraitées alors qu’elles représentent 50 % des effectifs CFDT. Les choix financiers, le pouvoir d’achat des femmes retraitées, la pauvreté constituent quelques-unes des explications. Comment intéresser les femmes au syndicalisme retraité ? C’est une des questions qui sera posée au congrès », avance Évelyne.

Sur son engagement sportif, Évelyne, qui anime toujours une association départementale de gymnastique à destination des seniors, s’inquiète des effets dévastateurs de la crise sanitaire dans ce domaine. Elle ajoute : « C’est bien de tenir de grands discours sur l’autonomie. C’est bien aussi de lutter concrètement au quotidien contre la perte d’autonomie. » Cette vision à la fois nationale et très locale, Évelyne l’a aussi dans le domaine de l’environnement. Dans ses convictions mais aussi dans ses actes. Elle est très impliquée dans l’association de défense de l’environnement de Ploemeur. Sa commune dispose de 17 kilomètres d’un littoral qui suscite bien des envies, mais la bétonisation n’est pas à l’ordre du jour ! 

« J’ai toujours été investie dans le monde des associations. J’ai commencé à travailler à 16 ans et j’ai bénéficié de l’éducation populaire, cela m’a formée.

Nicole, inlassable militante depuis 1967 ! Dans son entreprise d’abord, où elle était secrétaire comptable. Depuis, elle n’a jamais quitté 
les rangs cédétistes. Aujourd’hui, à 74 ans, elle est toujours membre de l’UTR du Morbihan.
Nicole, inlassable militante depuis 1967 ! Dans son entreprise d’abord, où elle était secrétaire comptable. Depuis, elle n’a jamais quitté les rangs cédétistes. Aujourd’hui, à 74 ans, elle est toujours membre de l’UTR du Morbihan.© Bruno Duval

« Ce n’est pas parce qu’on est en retraite qu’on n’a rien à faire ! » Nicole Le Texier répète à l’envi cette phrase et, surtout, en fait la démonstration chaque jour de sa retraite, qui a commencé lorsqu’elle avait 57 ans, grâce au dispositif des carrières longues. Au passage, elle dit : « Merci la CFDT ! » Mais la CFDT peut aussi dire merci à Nicole, inlassable militante depuis 1967 ! Dans son entreprise d’abord, où elle était secrétaire comptable. Depuis, elle n’a jamais quitté les rangs cédétistes.

Aujourd’hui, à 74 ans, elle est toujours membre de l’UTR du Morbihan et travaille activement à la commission sociale et santé de l’ULR (Union locale des retraités) de Vannes. Ce qui intéresse Nicole, ce sont les sujets santé et conso. Elle vient d’ailleurs de faire une petite conférence auprès des adhérents retraités de Vannes sur les réflexes à adopter avant d’acheter, de s’assurer, de se loger, pour être aidé ou bien régler un litige.

« Par le passé, on s’est bien battus contre les dépassements d’honoraires. On a fait des tracts, des manifestations, et maintenant les médecins font attention avant de demander des dépassements. Aujourd’hui, on est plutôt sur le reste à charge zéro, pour lequel on fournit un gros travail d’explication, précise-t-elle. Car même dans nos rangs, tous ne sont pas au courant des évolutions. »

La CFDT n’est pas la seule casquette de Nicole. Elle est aussi très active à la Confédération syndicale des familles (CSF), dans une association locale (Les Cuisiniers solidaires) et est membre du CCFD-Terre solidaire ! « J’ai toujours été investie dans le monde des associations. J’ai commencé à travailler à 16 ans et j’ai bénéficié de l’éducation populaire, cela m’a formée. Aujourd’hui, je nourris mon militantisme CFDT de ce que je fais à CSF et vice versa. » 

“J’accompagne les gens face à la désertification des services publics”

À 65 ans, Serge Le Ny est une sorte de force tranquille du syndicalisme. Il a gardé toute sa pertinence et sa capacité à pointer les problèmes.
À 65 ans, Serge Le Ny est une sorte de force tranquille du syndicalisme. Il a gardé toute sa pertinence et sa capacité à pointer les problèmes.© Bruno Duval

« Pourquoi la population vieillissante ou en difficulté du Centre Ouest Bretagne n’aurait-elle pas accès aux services publics ? et je ne parle pas que des services de l’État mais aussi de la Sécurité sociale ? C’est de l’inégalité de traitement, et cela va à l’encontre des principes fondateurs de la Sécu ! » À 65 ans, Serge Le Ny est une sorte de force tranquille du syndicalisme. Il a gardé toute sa pertinence et sa capacité à pointer les problèmes.

Ce militant CFDT de toujours, durant sa carrière dans la banque, où il a exercé de nombreux mandats, et aujourd’hui à l’UTR du Morbihan et dans les institutions où il est mandaté par l’UD (union départementale) ou l’URI (union régionale interprofessionnelle),
le dit simplement : « C’est la suite logique de ce que je faisais avant. »

Serge habite Le Saint, un petit village dans les terres morbihannaises, où la désertification des services publics se fait cruellement sentir. Son mandat de représentant CFDT au Conseil de développement du Pays Centre Ouest Bretagne (CDCOB) le plonge directement dans cette problématique de désertification.

« Pour y répondre, on a mis en place à Gourin, il y a quelques années, des visioguichets. Ça n’a pas marché, concède le syndicaliste. Le numérique ne répond pas à tous les besoins de cette population qui a souvent des dossiers compliqués, pas d’internet ou pas d’ordinateur. La difficulté, c’est qu’ici tombent des schémas conçus avec une vision urbaine. » Alors Serge accompagne souvent des personnes de son environnement en difficulté dans leurs démarches. Les maisons de services au public devraient satisfaire ces populations mais, pour l’instant, il n’en est pas question dans cette partie de la région.

S’il cerne vite les problèmes pour les mettre sur la table, Serge applique aussi sa méthode de travail dans ses mandats au CDCOB, comme conseiller à la CPAM et administrateur Carsat : «La recherche du tronc commun plutôt que des points de désaccord. » Ce qui ne l’empêche pas de confronter autant que de besoin ses convictions. Mais « le mot “nuance” a beaucoup d’importance pour moi », conclut-il. 

Avec 38 000 adhérents dans toute la France, la CFDT-Retraités est une force qui compte à l’échelle locale, régionale, nationale et européenne. En portant la voix des retraités des plus petites communes jusque dans les couloirs des ministères ou à Bruxelles, le syndicat fait avancer des dossiers aussi sensibles que celui du pouvoir d’achat des personnes âgées, la nécessaire adaptation de la société au vieillissement ou encore l’absolue nécessité de revaloriser les métiers de l’accompagnement.

Après des années de militantisme au travail, beaucoup d’adhérents voient cette nouvelle participation à la CFDT comme une suite logique de leur engagement en faveur de la réduction des inégalités, de l’émancipation des individus, de la solidarité au sein d’une génération mais aussi entre les générations.

Dans chaque département, la CFDT-Retraités, c’est aussi un lieu d’écoute, d’échanges et de débats. Un collectif où l’on vient tout autant donner de soi que recevoir des autres. La période difficile que nous traversons montre avec acuité l’importance et le besoin
de se rassembler. Rejoindre la CFDT-Retraités, c’est participer à cette dynamique et enrichir l’ensemble de la CFDT.

Un seul conseil pour les salariés proches de la retraite : passez la porte de cette structure parfois méconnue de l’organisation pour découvrir la richesse de cet engagement et profitez de l’aide proposée par les militants.Car la CFDT-Retraités, c’est aussi une organisation au service des adhérents CFDT qui souhaitent préparer leur retraite, bénéficier d’une complémentaire santé négociée au plus juste ou y voir plus clair sur des questions juridiques. Un syndicalisme différent,
mais un syndicalisme tout autant tourné vers les autres et résolument utile.

Pour tous les renseignements : www.cfdt-retraités.fr