La reconnaissance de l’origine professionnelle du cancer du sein d’une hôtesse de l’air, une première en France

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icone Extrait de l'hebdo n°4026

Après deux refus du CRRMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles), le cancer du sein d’une hôtesse de l’air a finalement été reconnu d’origine professionnelle par le tribunal de Bayonne en juillet dernier. Les risques de cancer du sein liés à cette activité sont pourtant connus depuis longtemps.

Par Claire Nillus Publié le 08/09/2026 à 12h00

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© Gilles Rolle/RÉA

Dès 2007, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé les horaires décalés et les rayons ionisants comme facteurs de risque d’augmentation du cancer du sein – des données relayées par l’Inserm en 2010 puis par l’Anses1 dans une expertise publiée en 2016. Malgré ces études concordantes, la reconnaissance de l’origine professionnelle de la maladie pour des femmes ayant travaillé surtout de nuit et ayant longtemps été exposées à des rayons cancérigènes (ionisants, cosmiques) est très difficile à obtenir. Face à la multiplication des cas de cancers, la CFDT a obtenu en 2024 qu’une nouvelle étude soit réalisée par l’Anses en vue d’appuyer l’éventuelle création d’un tableau de maladie professionnelle spécifique pour le cancer du sein. Les résultats devraient être connus en 2027.

De fait, très peu de femmes ont obtenu cette reconnaissance en maladie professionnelle. La première, en 2023, et grâce à l’action de la CFDT, est une infirmière qui avait travaillé la nuit pendant vingt-huit ans au centre hospitalier de Sarreguemines (Moselle / Grand Est). En 2026, le tribunal administratif de Marseille a également reconnu l’origine professionnelle du cancer du sein contracté par une autre infirmière de nuit, Sylvie Pioli, salariée pendant vingt-cinq ans du centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône / Paca). Atteinte à 55 ans, elle a été accompagnée par les équipes de la CFDT Santé-Sociaux et a gagné une longue bataille judiciaire contre son employeur.

Son dossier a sans doute fait jurisprudence pour Sophie Lainault, hôtesse de l’air sur longs courriers pendant trente ans. Porté à la fois par l’Union nationale des personnels navigants commerciaux (UNPNC) et le Syndicat CFDT des mineurs de Freyming-Merlebach (qui a organisé l’intervention d’experts comme Jean-Claude Zerbib, ancien ingénieur en radioprotection), « le dossier de Sophie était un cas parfait », souligne le médecin du travail qui a contribué à la défendre : aucun antécédent familial, une bonne hygiène de vie (ni tabac, ni alcool, ni sédentarité, ni comorbidités…). Mais Sophie a travaillé à Air France de 1989 à 2019, cumulant environ 12 600 heures de vol dont plus de 6 500 effectuées la nuit. On lui a détecté un cancer du sein en 2019, à l’âge de 52 ans. Le tribunal a souligné le rôle du travail de nuit ainsi que l’exposition aux rayonnements cosmiques et le tabagisme passif dont elle a également été victime, puisque l’interdiction de fumer dans les avions d’Air France ne date que de l’année 2000.

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À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Le délai d’appel de la Caisse primaire d’assurance maladie étant arrivé à son terme, le jugement est définitif, et cette décision a fait le tour de la planète via de très nombreux médias. La CFDT espère que le jugement de Bayonne constituera une nouvelle étape en faveur de la prévention des risques encourus par le personnel navigant des compagnies aériennes… et bénéficiera à toutes les femmes qui travaillent en horaires atypiques et dont le nombre a doublé ces vingt dernières années. À ce jour, le Danemark est le seul pays au monde à avoir inscrit le cancer du sein dans sa liste des maladies professionnelles indemnisables, spécifiquement en lien avec le travail de nuit.