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Extrait de l'hebdo n°3992
Longtemps en sommeil, les rassemblements et formations jeunes ont retrouvé un second souffle depuis le congrès confédéral de Lyon, en juin 2022. Objectif : repérer, accompagner et faire monter en responsabilités une nouvelle génération – tout en lui donnant une vraie place dans les débats et les décisions de l’organisation.

Formations Effervescence(s) relancées, implication dans la préparation du congrès de Bordeaux (du 22 au 26 juin 2026), renforcement du revendicatif jeunesse et expérimentation de nouvelles places dans les instances : depuis son dernier congrès confédéral, à Lyon en 2022, la CFDT a engagé une dynamique inédite en direction de ses jeunes adhérents et militants âgés de 16 à 34 ans révolus. C’est une stratégie assumée afin de préparer le renouvellement générationnel et de faire évoluer les pratiques syndicales. « Lors de cette mandature, nous avons travaillé en abordant tous les angles possibles : notre revendicatif, nos formations, notre organisation. Je suis bluffée par cette nouvelle génération de militants qui arrive. Ils sont curieux, professionnels et très politisés. Ils s’intéressent à plein de sujets sociétaux. Ce sont des militants prometteurs qui questionnent notre revendicatif, notre démocratie interne. Il faut juste leur laisser l’espace pour s’exprimer », affirme Marie Bretonnière, la déléguée jeunes de la CFDT.
Effervescence(s), un cycle visant à former et repérer
La première phase a consisté à relancer les formations à destination des jeunes. « Les rassemblements jeunes et les formations Effervescence(s) étaient en sommeil depuis la crise Covid. Nous les avons remis en place. Aujourd’hui, chaque URI1 et chaque fédération en organise régulièrement. La Confédération, quant à elle, porte un Effervescence(s) par mandature. Une véritable dynamique est enclenchée. Presque toutes les structures ont remis les jeunes au cœur de leur agenda militant », se réjouit Marie Bretonnière.
Cette collaboration fédération/union régionale s'est notamment illustrée à Autrans (Isère) du 10 au 12 décembre dernier, où la CFDT Services et l'URI Auvergne-Rhône-Alpes ont conjointement réuni 43 jeunes militants pour débattre des questions d'engagement, de démocratie ou encore de lutte contre l'extrême droite. Pour ces jeunes, ces temps forts constituent souvent la première étape d’un parcours structuré. Ils créent du lien, permettent de repérer des adhérents investis et de les orienter vers des formations plus approfondies. Ils offrent aussi l’occasion de mettre les jeunes en situation en les préparant aux réalités du dialogue social en entreprise.
C’est ce qu’ont pu expérimenter, à la fin novembre 2025, 46 jeunes adhérents de Bretagne et des Pays de la Loire lors de la deuxième édition du rassemblement « À la relève de l’Ouest ». Le temps d’une battle de deux minutes sur un sujet imposé, ils ont vite compris qu’un argument faible sur le fond mais surjoué sur la forme pouvait se révéler être une forme de démagogie très payante. Ils ont aussi compris l’importance de l’écoute active, principe de communication essentiel dans le cadre d’une négociation, qui permet de créer un climat de confiance et de trouver des solutions mutuellement bénéfiques.

« Ce type d’exercice leur apprend à être bousculés dans leurs convictions, mais aussi l’art du compromis lors d’une négociation et la politique des petits pas si chère à la CFDT », résument Cécile et Leticia, deux participantes de la première édition d’« À la relève de l’Ouest », qui coanimaient la séquence. Il faut dire que ce rassemblement a essaimé au-delà des espérances. « Après la première édition, en octobre 2023, il y a eu une véritable accélération du parcours militant des deux côtés de la Loire », confirme Mickaëlle Haméon, secrétaire régionale de la CFDT Bretagne. Une partie d’entre eux se sont investis dans leur section et/ou leur syndicat…
Le désir de s’engager, mais pas à n’importe quel prix
S’engager, les nouveaux venus le souhaitent également, mais pas à n’importe quel prix. « Il faut nous laisser la place ! », glisse une participante bretonne. Ni moins méritants ni moins volontaires que les autres, « les jeunes adhérents sont force de proposition pour faire évoluer la CFDT et porter son action dans l’entreprise. Le travail et la perception du travail changent ; le syndicalisme doit être capable de suivre ».
Même constat en Centre-Val de Loire, où l’Union régionale interprofessionnelle CFDT a réuni, pendant deux jours à la mi-novembre, une trentaine de personnes dans le cadre d’une formation régionale à destination des jeunes adhérents de moins de 35 ans, « CFDécouverT’ ». « Nous les avons fait travailler sur l’organisation, le revendicatif et les valeurs de la CFDT pendant la première journée. Puis nous avons organisé, le deuxième jour, un débat autour des thèmes qui les concernent comme les freins au militantisme, les espaces d’engagement au travail et dans la vie personnelle, la transition écologique, l’IA, les nouveaux modes de communication et d’action », explique Teddy Aveline, délégué régional.
« Lorsqu’on arrive dans le syndicalisme, on ne sait pas trop ce que l’on attend de nous. Au début, on est très motivés mais ça redescend vite. On est un peu perdus. Il nous manque des fiches de poste, les numéros utiles quand on commence », confient Jérémy et Morgane, ravis d’y voir un peu plus clair à l’issue de leurs deux jours de formation. « Les gens pensent souvent que les jeunes sont moins engagés. C’est faux. C’est juste qu’ils sont ailleurs. Sur Discord2, sur Slap, les jeunes débattent ! Ils s’informent sur les réseaux sociaux », affirme Mansour. La spécificité de ce rassemblement est qu’il a été entièrement pensé et réalisé par le groupe jeunes de l’URI. « Une dizaine de jeunes ont travaillé à son organisation pendant toute l’année. Ça a créé une cohésion entre eux et ça les a aidés à monter en compétences. C’est aussi ça, la formation jeunes à la CFDT ! », développe Teddy Aveline.
Des jeunes associés au congrès confédéral
Effervescence(s) confédéral, organisé en 2024 à Orléans, s’inscrit dans cette même logique : 230 jeunes y ont été formés. Tous avaient déjà un premier bagage militant et étaient identifiés par leur structure comme étant capables de prendre des responsabilités au sens large : mandat dans l’entreprise ou l’administration, engagement aux prud’hommes, animation syndicale… « Prendre des responsabilités à la CFDT, ce n’est pas forcément devenir secrétaire général. L’enjeu est de permettre à chacun de trouver sa place au sein de l’action syndicale », précise Marie Bretonnière. Cette nouvelle édition d’Effervescence(s) a aussi servi de tremplin vers le congrès confédéral de Bordeaux. Les participants ont été sensibilisés aux enjeux d’un congrès, à son rôle et à ses textes fondateurs.
En mars 2025, un premier « Before congrès », en visioconférence, leur a d’ailleurs permis de travailler sur le projet de résolution et d’exprimer leurs attentes. Les contributions recueillies montrent déjà une forte convergence avec les orientations portées par la CFDT. Une deuxième étape, « Before congrès 2 », est prévue le 11 février prochain. Cette rencontre numérique rassemblera autour de Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, un public élargi de jeunes militants – issus des Effervescence(s), des groupes jeunes et des futures délégations syndicales – et servira à leur présenter les textes de résolution et favoriser leur appropriation. « Sans se substituer au rôle des syndicats, cette démarche vise à renforcer l’implication des jeunes dans la vie démocratique de l’organisation », explique Marie Bretonnière.
Faire une place aux jeunes dans l’organisation
Autre avancée notable : l’expérimentation de la présence de jeunes au Bureau national (BN) et au Conseil national confédéral (CNC). Au BN, des binômes tirés au sort et constitués de jeunes invités permanents apportent pendant six mois un regard neuf sur les pratiques de débat et de décision. Leur capacité d’analyse, leur préparation et leur liberté de questionnement bousculent positivement les habitudes. « Intégrer le Bureau national est une expérience incroyable et essentielle, explique ainsi Lhassen, qui y représente la CFDT Banques et Assurances depuis septembre 2025. Ça permet de mieux comprendre le fonctionnement de la CFDT. C’est aussi une manière de montrer que les jeunes ont toute leur place dans l’organisation. »
Enfin, si l’expérimentation au CNC peine à trouver sa pleine mesure, la dynamique est enclenchée. « Dans plusieurs congrès d’unions régionales et de fédérations, des places réservées aux jeunes dans les bureaux ont été débattues, parfois adoptées », explique Marie Bretonnière. Autant de pratiques qui révèlent une organisation acceptant de se transformer. « Faire une place aux jeunes, ce n’est pas seulement préparer l’avenir, c’est aussi accepter de faire évoluer nos pratiques aujourd’hui. Le renouvellement générationnel, ce n’est pas un simple slogan mais un travail politique de long terme », conclut, optimiste, la militante.
Un revendicatif “jeunesse” renforcé
La mandature 2022-2026 a permis de consolider le cahier revendicatif « jeunesse ». Fidèle à sa boussole historique, la CFDT continue de défendre l’accès des jeunes à l’autonomie : garantie jeunes universelle, RSA accessible dès 18 ans sans discrimination liée à l’âge, emplois de qualité, apprentissage sécurisé.
Les freins périphériques à l’emploi, à l’instar du logement, sont également au cœur des priorités de la CFDT, laquelle revendique ainsi davantage de logements étudiants, plus de petites surfaces adaptées aux jeunes actifs et un meilleur accès des jeunes au logement social. La santé, et en particulier la santé mentale, est un autre enjeu majeur : les délais d’attente trop longs, les dispositifs insuffisants et les inégalités territoriales appellent des réponses structurelles.