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Forfait mobilité durable, clauses environnementales… : chez Capgemini, la transition juste est partout

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iconeExtrait de l’hebdo n°3893

À l’approche des élections professionnelles, la CFDT de Capgemini peut être fière de son bilan social et environnemental. Depuis quatre ans, elle mobilise tous les leviers à sa disposition pour que l’écologie imprègne chaque jour un peu plus la vie de l’entreprise.

Par Claire Nillus— Publié le 24/10/2023 à 12h00

De gauche à droite : Béatrice Perruchon, Laurent Saulnier, Franck Girard et Ronan Guillory (photo prise lors de la réalisation d’une Fresque du climat).
De gauche à droite : Béatrice Perruchon, Laurent Saulnier, Franck Girard et Ronan Guillory (photo prise lors de la réalisation d’une Fresque du climat).© DR

1. Unité économique et sociale.

Chez Capgemini, l’un des leaders mondiaux des services du numérique, la CFDT est devenue un incontournable porte-parole de la transition juste. Dans le sillage inspirant du Pacte du pouvoir de vivre, elle impulse de front – et avec succès – des revendications écologiques et sociales. « Nous avons la conviction qu’il faut agir tout en répondant aux aspirations de plus en plus manifestes des salariés en faveur de la transformation écologique », résume Laurent Saulnier, délégué syndical de l’UES1.

Une conviction renforcée lorsque, tablettes en main, les militants ont réalisé une grande enquête sur le sujet en 2019 dans la trentaine de sites où Capgemini est implanté. À la question « Pensez-vous que nous devons agir syndicalement pour la transition écologique ? », ils ont collecté 90 % de oui.

Groupe RSE et “programme vert”

2. En représentativité recalculée, la CFDT a obtenu 32,8 % des voix devant la CFTC (24,8 %), la CFE-CGC (14,5 %), la CGT (13,4 %) et l’Unsa (14,5 %).

3. Responsabilité sociale/sociétale des entreprises.

Confortée à sa première place aux élections professionnelles de cette même année 20192, la CFDT crée dès janvier 2020 un groupe de travail sur la RSE3. Laurent, Ronan, Pascal et Géraldine, à l’origine de l’initiative, ont depuis fait des émules. Le groupe compte aujourd’hui une dizaine de militants actifs. Aidés par le réseau des Sentinelles vertes de la Fédération Communication, Conseil, Culture (F3C), ils se sont lancés dans un ambitieux « programme vert ». « La crise Covid a donné un coup de frein au projet mais cela va dans le bon sens, même si l’on n’est pas encore à l’échelle des enjeux, qui sont considérables. Dans le numérique, les émissions de gaz à effet de serre ne cessent de croître. Chacun doit faire sa part : l’employeur pour se mettre en conformité avec la Stratégie nationale bas-carbone, les salariés pour réduire leur empreinte quotidienne en adoptant des comportements plus vertueux », poursuit Laurent. La campagne électorale qui a commencé fin septembre en vue du scrutin de novembre prochain constitue donc l’occasion de rappeler que la CFDT s’est résolument engagée sur cette voie.

Tout d’abord, la CFDT de Capgemini a relevé le défi de sensibiliser le plus grand nombre de salariés, à l’initiative de Pascal Auger. Non seulement elle a déployé partout des Fresques du climat, mais elle a réussi à les rendre obligatoires pour tout nouvel entrant (et accessible à tous les autres salariés sur la base du volontariat). Ensuite, l’équipe a mis en place des commissions écocitoyennes dans les CSE en vue de promouvoir des activités socioculturelles plus responsables.

Fini les week-ends à New York à prix cassés !

Les militants ont organisé une série d’entretiens avec les commissions voyages et coconstruit avec elles une « charte d’engagement en faveur de voyages écoresponsables » qui les oriente vers trois objectifs : informer et sensibiliser aux émissions de gaz à effet de serre générées par le tourisme, faire évoluer l’offre de voyages des CSE et travailler avec des partenaires plus responsables. Dès 2021, la charte les invitait à communiquer sur les impacts RSE de chaque type de voyage (quelle empreinte carbone, sociale, environnementale ?), à sélectionner des destinations autres que celles qui souffrent déjà du tourisme de masse et à bannir les longs trajets en avion pour quelques jours. « En 2023, l’objectif est de proposer au moins un voyage écoresponsable par an, précise Laurent. Mais nous avons une règle : ne pas être trop radical et proposer des alternatives sympas et à la portée de tous. »

Fini aussi les tracts imprimés. « Les jeunes n’en veulent plus », note Laurent. Sachant que l’UES Capgemini emploie quelque 28 000 salariés en France, éditer un tract ne serait-ce que quatre fois par an correspond à plus de 110 000 exemplaires… Tous sont aujourd’hui dématérialisés. « Cela ne nous empêche pas de mener en parallèle une réflexion sur l’impact écologique du numérique, réflexion que nous partageons d’ailleurs avec certains clients », nuance Laurent Saulnier.

De même, les militants ont conscience que l’accord télétravail, qui autorise jusqu’à quatre jours de travail à distance par semaine, est à double tranchant : d’un côté, il permet de réduire considérablement les trajets en voiture (hors territoire francilien, où les transports en commun sont majoritairement utilisés) mais, de l’autre, il peut engendrer une hausse des émissions de gaz à effet de serre dues à des logements plus ou moins énergivores. « 90 % des salariés de Capgemini font du télétravail, alors tout dépend de la performance énergétique de leur habitat », tempère-t-il à nouveau.

La transition juste, un thème transverse

« Est-ce que la transition juste est un dossier en plus des autres ? Là encore, il faut nuancer. Les autres sujets comme le pouvoir d’achat, la lutte contre les inégalités ou la défense de nos droits nous occupent à 80 %. Mais nous abordons dans chacune de nos instances la question écologique car les thèmes ne s’opposent pas, ils se complètent », affirme le délégué syndical. Ainsi, l’accord d’intéressement du groupe prévoit un bonus (sur l’enveloppe globale) en fonction du bilan carbone de l’année lié aux déplacements professionnels. Cet accord rappelle l’objectif commun d’abaisser le bilan à 0,6 tonne équivalent CO2 par salarié d’ici à la fin 2024 (contre 1,3 tonne équivalent CO2 en 2019).

Sur le volet mobilité, dès la création des indemnités kilométriques vélo, l’équipe CFDT a négocié la mise en place du dispositif puis celui du forfait mobilité durable, qui l’a remplacé. Aujourd’hui, elle souhaite qu’il soit augmenté à hauteur de 800 euros par an (au lieu de 500 actuellement) et demande la prise en charge à 100 % des abonnements aux transports en commun. Ce nouveau coup de pouce bénéficiera aux 4 000 bénéficiaires du forfait mobilité durable.

Peser sur la stratégie de l’entreprise

« Notre stratégie consiste aussi à faire inscrire des clauses environnementales dans tous les accords que nous signons », ajoute Laurent Saulnier. L’accord GEPPMM (gestion des emplois et des parcours professionnels et la mixité des métiers), qui doit permettre d’anticiper les besoins en compétences et les métiers en lien avec l’avenir de l’entreprise, stipule ainsi explicitement que « Capgemini devra toujours, dans le cadre de la mise en œuvre d’un dispositif de GEPPMM, aborder les questions relatives à la formation professionnelle, l’abondement du compte personnel de formation, la validation des acquis de l’expérience mais, désormais, en ayant à l’esprit de “répondre aux enjeux de la transition écologique” ».

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Afin de promouvoir leurs actions dans la période, les militants multiplient les initiatives permettant d’interagir avec les salariés : ils communiquent à propos de leur potager, leurs ruches, ont créé un jeu de cartes sur l’écologie avec des livres à gagner, fait un don de 2 500 euros à une association de préservation de la forêt en Corrèze. « Il faut aller plus vite et plus loin, certes, mais l’ensemble de nos pratiques syndicales évolue, affirme Laurent. Cet indicateur est omniprésent sur le tableau de bord. »