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Extrait de l'hebdo n°4021
Dans le cadre de son combat contre l’extrême droite, la CFDT des Communaux et de l’Office public de l’habitat du Nord a organisé un “escape game” le 12 juin à Lille. Ce jeu visait à sensibiliser les militants à la lutte contre les idées populistes, qui se banalisent et ne cessent de progresser.

Le 12 juin, une trentaine de jeunes cédétistes ont pris place dans les locaux de La Fabrique du Sud, à Lille (Nord)… avec une pointe de timidité. Heureusement, à l’entrée, Halima Matoug, secrétaire générale de la CFDT des Communaux et de l’Office public de l’habitat du Nord, a veillé à ce que chaque personne se sente bien accueillie. Croissants, café chaud et mots de bienvenue ont détendu l’atmosphère et favorisé les premiers échanges. « Vous êtes les militantes et militants d’aujourd’hui et de demain. Qui mieux que vous peut défendre nos valeurs et expliquer nos combats ? »
Le message est aussitôt repris par Julien Morcrette, secrétaire national de la CFDT Interco, et Christophe Bouchindhomme, secrétaire général adjoint de l’Union régionale interprofessionnelle Hauts-de-France. « Les jeunes sont le poumon du syndicalisme. La CFDT vous fait de la place, prenez-la ! » Avant d’ajouter : « Il va falloir se retrousser les manches pour préserver nos acquis sociaux. »
Car l’enjeu est bien là. Alors que le Rassemblement national gagne du terrain dans de nombreux territoires, cette journée – destinée aux adhérents de moins de 35 ans travaillant dans la fonction publique lilloise – poursuit un double objectif : mieux comprendre les dangers que représente l’extrême droite pour la société et le syndicalisme, et donner à ces jeunes l’envie de s’engager davantage. Dans cette optique, les organisateurs ont misé sur un outil aussi original qu’efficace : un escape game conçu à l’origine par la CSC1 (la principale organisation syndicale belge) puis adapté pour la CFDT.
Une expérience ludique au service d’un enjeu essentiel
À peine les discours terminés, l’ambiance change radicalement. Une alarme retentit dans la salle. Une voix grave tonne : « Vous avez été infectés par le virus de l’extrême droite ! » Des comédiens vêtus de combinaisons blanches et de masques à gaz font irruption dans la salle. L’immersion des participants est immédiate. Entre surprise et amusement, les jeunes se prennent au jeu. Répartis en quatre équipes identifiables grâce à des badges déposés sur leurs chaises, ils endossent en quelque sorte l’identité de personnalités emblématiques.
Les groupes Nelson Mandela et Greta Thunberg sont ainsi dirigés vers différents « districts » où les attendent une série d’épreuves. Leur mission : relever les défis proposés afin d’obtenir leur « décontamination » et progresser dans l’aventure.
Quatre districts de lutte contre les idées d’extrême droite
Dans un premier district, les participants doivent associer des objets à différentes dérives de l’extrême droite : contrôle des médias, homophobie, racisme, détournement de fonds européens, etc. – un moyen concret d’appréhender des mécanismes qui peuvent parfois sembler abstraits.
L’épreuve suivante les conduit à reconstituer les temps forts d’un discours de la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, à l’aide de cartes mélangées. Ensuite, un extrait d’un documentaire d’Arte, White Power : au cœur de l’extrême droite, retrace l’histoire de l’extrême droite française, partant de ses racines néonazies jusqu’à ses stratégies contemporaines de normalisation. À l’issue de la projection, les équipes doivent résoudre une grille de mots croisés permettant de valider leur mission.
C’est sans doute le district consacré aux parcours migratoires qui marque le plus les esprits. Pendant qu’un participant lit le témoignage d’un adhérent CFDT racontant son exil, les autres retracent son itinéraire sur une carte et y associent les émotions qui jalonnent son parcours.

Après avoir relevé les quatre défis, chaque équipe obtient deux clés la faisant accéder à l’ultime étape : l’ouverture du coffre qui recèle une récompense. Mais avant cela, les participants sont invités à partager leurs impressions. « Ça nous sensibilise. C’est un moment riche en connaissances et en partage de nos valeurs communes », témoigne l’un d’eux. « Les récits sur l’exil ou le film sur l’extrême droite, c’est ce que l’on vit au quotidien avec les enfants dans les quartiers », poursuit, ému, un autre, formateur à la ville de Lille. « Ces histoires sont très touchantes. J’aimerais m’engager encore plus à la CFDT », abonde un troisième, animateur dans une école.
Faire de ces jeunes des vigies de la démocratie
Pour Halima Matoug, qui a fait de la lutte contre l’extrême droite la priorité de son engagement syndical, l’objectif consiste également à faire émerger une nouvelle génération de militants : « Je suis très satisfaite de cette journée. De nombreux jeunes sont ensuite venus me voir avec l’envie de s’investir davantage. »

Au-delà de cette journée, l’ambition est de diffuser l’initiative dans tout le réseau CFDT. Un kit pédagogique est en préparation afin que d’autres sections puissent s’approprier l’escape game. Une première édition est déjà prévue à Toulouse en septembre 2026, à l’initiative de la CFDT Métallurgie Occitanie Grand Ouest. « L’idée, c’est de faire de ces jeunes des vigies de la démocratie », résume Halima.