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Au secours des agents précaires

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Pouvoir d'achat : le grand écart

Peu connue, la précarité de certains agents de la fonction publique territoriale n’a rien à envier au secteur privé. Depuis des années, la Fédération CFDT Interco se bat afin d’améliorer leurs conditions de travail et leurs rémunérations avec de belles victoires. Reportage dans le Doubs, au sein de la collectivité Pays de Montbéliard Agglomération.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 26/11/2020 à 07h55 et mis à jour le 21/12/2020 à 13h18

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À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« J’aime vraiment mon métier, insiste Anne-Marie Thiriot, presque comme une précaution oratoire. Je ne veux pas donner l’impression de me plaindre. » Adhérente à la CFDT, cette femme dynamique et volontaire est agente de restauration scolaire au sein de la collectivité territoriale du Pays de Montbéliard Agglomération, mais cet emploi ne constitue pas un temps plein. Alors, tous les matins, elle quitte son domicile à 6 h 30 pour son second métier : chauffeuse scolaire pour une entreprise de transport privée.

Ce n’est qu’une fois la tournée de ramassage scolaire terminée qu’elle enfile sa tenue d’agent public, jusqu’à 14 heures. Elle l’abandonnera de nouveau pour retrouver son bus et sa tournée du soir. « On est fatigué. On a toujours le nez sur la montre. » « J’ai parfois à peine le temps de rentrer chez moi », ajoute Myriam Castellano, adhérente à la CFDT et agente technique territoriale à Villars-lès-Blamont, bourgade doubienne de 350 habitants, contrainte, elle aussi, de cumuler deux emplois.

Les deux femmes travaillent seize heures trente par semaine, pour environ 500 euros par mois, auxquelles s’ajoutent les heures complémentaires. Celles-ci peuvent parfois atteindre les vingt-cinq heures, selon Katia Charlet, chargée de la restauration scolaire au sein de l’agglomération et militante du Syndicat CFDT Interco du Doubs : « Certains agents peuvent travailler entre trente minutes et une heure et demie de plus par jour que ce que prévoit leur contrat. »

Pendant la crise, ces heures complémentaires ont même été multipliées par trois. « Avant, je faisais aussi des ménages chez des personnes âgées, mais j’ai arrêté, ça devenait beaucoup trop épuisant ! », précise Anne-Marie. Avec leurs deux boulots et leurs heures complémentaires, elles peinent toujours à atteindre un équivalent temps plein.

Horaires atypiques et cadence infernale

Leur vie est rythmée par des horaires atypiques et une cadence infernale, entrecoupée de temps de transport non rémunérés. « On ne compte pas nos heures. On arrive souvent avant la prise de notre service et on repart souvent après », explique les deux femmes.

« Au moindre aléa, leurs revenus sont susceptibles de diminuer ou de purement et simplement être supprimés, insiste Fabienne Dysli, secrétaire générale du Syndicat CFDT Interco du Doubs. Cela démontre, s’il était nécessaire, la précarité à laquelle sont exposées ces agentes. »

La section CFDT a même dû se battre pour que les heures complémentaires « régulières » soient payées pendant le confinement, alors que les agents étaient bloqués à domicile. Alors, quand les agents ont appris que leurs heures complémentaires seraient désormais majorées (lire ci-dessous), leur joie a été immense. Myriam et Anne-Marie perçoivent désormais une centaine d’euros supplémentaires à la fin du mois.

Pousser les collectivités territoriales à agir

Cette question des heures complémentaires et de l’abus des collectivités locales qui les utilisent pour gagner en souplesse est un fléau contre lequel est mobilisé l’ensemble des sections CFDT, car c’est bien au niveau local qu’il est possible d’agir. À Besançon, la section CFDT dénonce le traitement réservé aux agents à temps non complet.

Beaucoup d’entre eux sont embauchés sur des contrats à 70 %. Ils se voient ensuite proposer par l’employeur public des heures complémentaires ou des contrats à durée déterminée de trois ou quatre mois, renouvelables, sur les 30 % restants. « En cas de maladie, de congés ou en matière de cotisations, ils sont lésés. C’est un plein-temps en trompe-l’œil », dénonce Sandrine Delatour, la secrétaire de la section bisontine, bien décidée à faire changer les pratiques de sa collectivité..

 

“Il est temps que les agents soient valorisés”

Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT-Fonctions publiques 

Les agents publics ont répondu présents pendant la crise sanitaire. Pourtant, ils restent maltraités par les employeurs publics. Une occasion manquée pour le gouvernement d’enfin reconnaître le travail des agents ?

Oui, avec une exception pour les personnels des établissements de santé et des Ehpad (y compris territoriaux) avec le Ségur de la santé. Au-delà de cette mesure exceptionnelle, et au-delà des améliorations apportées par l’accord PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations), les agents publics subissent une stagnation, voire un décrochage de leur pouvoir d’achat, depuis près de dix ans. Les rendez-vous salariaux se succèdent avec la même rengaine : gel du point d’indice et rigueur salariale. C’est aussi au regard de ce constat qu’il faut saluer le dévouement des agents pendant la crise. Il est plus que temps qu’ils soient reconnus dans leurs responsabilités et valorisés financièrement à la hauteur de leurs missions.

Si rien n’est fait, la fonction publique risque-t-elle de perdre en attractivité ?

Bien sûr. Alors que la fonction publique est de plus en plus exigeante en matière de qualification, le déficit d’attractivité par rapport au privé s’accroît. Avec les conséquences que cela peut avoir, à terme, sur notre pays. Les agents publics sont en première ligne de la cohésion sociale et assurent des missions essentielles à la population, notamment en direction des personnes les plus fragiles.

Que demande la CFDT-Fonctions publiques ?

Le gouvernement est responsable de la dégradation continue du pouvoir d’achat des agents. Il doit en finir avec le seul prisme budgétaire. Il faut le redire : les fonctionnaires et contractuels ne sont pas
un coût mais une richesse. Nous demandons au gouvernement d’en finir avec les primes ou les mesures catégorielles qui opposent les agents les uns aux autres. Nous exigeons des mesures d’ordre général pour l’ensemble des fonctionnaires et contractuels !  

Des heures complémentaires enfin majorées

Chaque heure complémentaire accomplie dans la limite du dixième de la durée de travail fixée sera bonifiée de 10 % – et pour chaque heure au-delà, de 25 %. Le décret relatif aux modalités de calcul et à la majoration de la rémunération des heures complémentaires des agents de la fonction publique territoriale, nommés dans des emplois permanents à temps non complet, a été publié le 15 mai 2020.

Une victoire pour la CFDT, qui se bat depuis des années sur ce sujet. Atsem, aide à domicile, chauffeur de bus, adjoint technique… « Elles et ils sont aujourd’hui 253 000 agents dont 38 % d’agents contractuels, 83 % rattachés à la catégorie C, et représentent 15 % des emplois permanents. Ce sont majoritairement des femmes et, parmi les fonctionnaires, 31 000 ont un temps de travail inférieur à dix-sept heures trente. Elles et ils sont une spécificité de la fonction publique territoriale, ce sont les agents à temps non complet. Jusqu’alors, le volume d’heures effectuées en plus de leur contrat mais en dessous de trente-cinq heures ne donnait pas lieu à paiement majoré », explique la Fédération CFDT Interco