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[Dossier 3/3] L’Université sous pression abonné

Devant l’échec massif en licence, les universités tentent d’innover. Elles sont encouragées dans cette voie par la loi Orientation et réussite des étudiants.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 17/10/2018 à 13h45

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Un accueil sur mesure

Cette année, une nouvelle catégorie d’étudiants a fait son apparition dans les amphis : les « Oui, si… » Ceux dont la candidature sur Parcoursup a été acceptée, malgré un dossier un peu juste, et qui ont donc besoin de soutien pour ne pas perdre pied au fil de l’année. En signant un contrat pédagogique avec l’université qui les accueille, ces étudiants s’engagent dans un dispositif de suivi individualisé, comme le prévoit la loi relative à l’orientation et la réussite des étudiants, votée en mars dernier.

Cela représente un coût non négligeable pour les universités qui ont arbitré au plus juste au moment de l’examen des candidatures sur Parcoursup. « Cet été, en commission d’admission, nous avons dû reverser des dossiers a priori éligibles au “Oui, si…” dans la liste des “Oui” afin de réserver le dispositif aux étudiants qui en ont le plus besoin », explique François Legendre, enseignant-chercheur à l’Université de Cergy-Pontoise.

Un accompagnement mieux ciblé

Fait suffisamment rare en ces temps d’économies pour être souligné, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a accordé aux universités une rallonge budgétaire de près de 30 millions d’euros pour les quatre derniers mois de 2018 et de 58,6 millions pour l’année 2019, destinés à financer les projets d’accompagnement mis en place par les universités.

À cela s’ajoutent les enveloppes attribuées aux établissements qui ont gagné l’appel à projets sur les « Nouveaux cursus universitaires », dans le cadre du troisième volet du programme d’investissements d’avenir, et qui garantit un financement sur dix ans aux universités qui mettent en place des mesures spécifiques visant à enrayer l’échec en licence et améliorer l’orientation. Un effort salué par Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT : « C’est un changement de philosophie. On reconnaît enfin qu’une partie des jeunes qui arrivent à l’université ne maîtrise pas les codes de l’enseignement supérieur et a besoin de soutien. Nous avons pour la première fois une réforme dotée d’un financement pluriannuel, ce qui donnera de la visibilité aux universités. Ces nouveaux crédits vont pousser celles qui ne se préoccupaient pas de l’échec en licence à travailler sur le sujet. »

Modules de renforcement en effectif réduit, Mooc (cours sur internet) pour combler des lacunes dans une discipline, possibilité d’étaler la première année sur deux ans, les formules choisies ne sont pas les mêmes d’une université à l’autre. Certaines n’ont pas attendu la réforme pour expérimenter, mais vont renforcer leurs dispositifs dès cette année. C’est le cas à Nantes, où le constat revient à chaque rentrée : de nombreux étudiants de première année abandonnent les cours au bout de quelques semaines. «Afin d’y remédier, nous avons mis en place des enseignants référents pour suivre ceux qui sont le plus en difficulté, précise Dominique Averty, vice-président Formation et vie universitaire. Cette année, grâce aux informations obtenues dans les dossiers Parcoursup, nous pouvons mieux cibler nos actions de remédiation, telles qu’un tutorat obligatoire pour les “Oui, si…”.»

Revaloriser la pédagogie

Dans tous les cas de figure, rien ne pourra se faire sans un fort engagement des enseignants-chercheurs sur le volet de la pédagogie. Or ce n’est pas l’aspect le plus valorisé de leur mission. « Les collègues qui s’impliquent davantage dans la pédagogie savent qu’ils font une croix sur leur carrière, car ce sont les activités de recherche, évaluées au nombre de publications, qui permettent d’évoluer professionnellement », regrette Christine Barralis, militante Sgen et enseignante à l’Université de Lorraine. C’est la raison pour laquelle le Sgen-CFDT demande que ce temps d’investissement pédagogique soit reconnu au même titre que la recherche, aussi bien sur le plan indemnitaire que sur celui du déroulé de carrière. Une concertation en cours pourrait permettre des progrès dans ce sens, au bénéfice de tous, enseignants et étudiants.

 

             

 

Jeunes Accompagant LILLE VJarrousseauINITIATIVES
Des étudiants s’engagent auprès des plus jeunes

Comment se projeter dans des études alors que personne dans sa famille n’est allé au-delà du collège ? C’est à partir de cette interrogation que l’Afev, l’Association française des étudiants volontaires, conçoit ses actions en faveur d’enfants de quartiers populaires. Les bénévoles s’engagent à accompagner un élève du primaire ou du secondaire pendant une période de deux ans. « Nous nous rendons deux heures par semaine au domicile des élèves, explique Pierre Mars, 22 ans, bénévole depuis trois ans et aujourd’hui permanent de l’association, à Caen. Nous les aidons à s’organiser, à acquérir de bonnes méthodes, à repérer les sources d’information pour leur orientation ; nous avons accès au livret numérique de l’élève et nous dialoguons avec la famille. »

Sept mille enfants bénéficient de ce mentorat, accompagnés par autant d’étudiants, dont l’engagement est désormais valorisé par une majoration de note ou un certificat. À ce suivi individuel s’ajoutent des actions collectives, à la demande des établissements. « Nous intervenons devant des classes, dans des collèges ou des lycées professionnels ou généraux, explique Pierre. Dans ma région, je vois souvent des jeunes isolés, qui vivent en zone rurale et n’imaginent pas de quitter le cadre familial pour faire des études, ils pensent que ce n’est pas pour eux. Certains n’ont jamais entendu parler des…

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