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[Dossier 2/3] L’Université sous pression abonné

Monique Canto-Sperber est philosophe, directrice de recherche au CNRS et ancienne directrice de l’École normale supérieure. Pour elle, la stratégie de formation, telle qu'elle existe, est inadéquate face à la massification de l’enseignement supérieur. Interview.

Par La rédaction— Publié le 16/10/2018 à 08h35

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FIGAROPHOTO Monique Canto SperberVotre dernier livre s’intitule L’Oligarchie de l’excellence. Les meilleures études pour le plus grand nombre. Quel rôle peut jouer l’université pour atteindre cet objectif ?

Un rôle décisif. Environ 90% des étudiants qui s’orientent vers l’éducation supérieure publique sont admis dans une université. Il va de soi que la capacité qu’auront les universités à assurer la réussite de leurs étudiants sera décisive pour remplir cette ambition. Actuellement, plus de 60% des étudiants qui sont admis en première année à l’université n’obtiennent pas leur diplôme au bout de trois ans. C’est un taux d’échec qui n’a pas d’équivalent dans les autres pays développés.

Certains étudiants en ont tiré des enseignements…

Absolument. Et notamment les enfants issus de milieux favorisés qui privilégient les filières sélectives ; 95% d’entre eux en sortiront avec un diplôme. À l’université, la réussite n’est pas garantie. Et quand les étudiants obtiennent leurs diplômes, c’est la valeur de ces derniers qui est contestée par le secteur professionnel. Ils sont moins de la moitié parmi les détenteurs d’un diplôme universitaire à trouver un emploi dans les six mois.

 

Comment remédier à ces inégalités ?

Il y a bien sûr une question de moyens. S’il est un investissement intéressant pour l’avenir du pays, c’est bien celui-là. Notre stratégie de formation est inadéquate face à la massification de l’enseignement supérieur. La démocratisation est un très bel idéal mais nous avons démocratisé l’accès, pas la réussite. Tous les indicateurs montrent pourtant qu’il y a un lien direct entre la prospérité économique et le pourcentage des diplômés de l’enseignement supérieur.

Aux États-Unis, environ 60% des jeunes sont titulaires d’un diplôme supérieur contre 40% en France. Ceux qui échouent sont des jeunes qui ne sont pas du tout préparés par leurs études antérieures à entrer d’emblée dans les études supérieures. Il faut concevoir des parcours qui leur permettent, peut-être pour la dernière fois de leur vie, d’acquérir les bases qui leur ont manqué au lycée.

Comment ?

Pas par une simple remise à niveau. Je suggère, à la faveur de ce qui se passe dans d’autres pays, de privilégier une orientation qui corresponde aux désirs des étudiants, et de faire du premier semestre un temps d’observation, afin de détecter les besoins, les ambitions et la motivation des jeunes pour définir les enseignements complémentaires dont ils ont besoin et les rendre responsables de leur parcours.

Il faut éviter tout système qui ramène les étudiants à leur parcours scolaire antérieur. Ce dernier porte lourdement la marque de leur milieu social. Il est plus important de savoir comment, confrontés à un nouveau type de savoir, ils réagissent.

N’a-t-on pas trop demandé à l’université, qui a supporté seule l’objectif de massification de l’enseignement supérieur ?

Bien sûr. Le nombre d’admis dans les filières sélectives a très peu augmenté. Au cours des dernières décennies, il a été multiplié par sept à l’université. Le pourcentage d’étudiants admis dans les dix meilleures écoles d’ingénieurs en 1910 représentait de 15 à 20% des étudiants. Aujourd’hui, ce taux est inférieur à 1%. Une extrapolation donnerait un effectif de 12 000 élèves à…

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