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Chez Amazon, les salariés emballés par la CFDT

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iconeExtrait de l’hebdo n°3857

Les salariés de la branche logistique du géant américain de la vente en ligne sont représentés par la CFDT depuis deux ans. Devenue majoritaire en octobre 2022, elle est aujourd’hui en position de force pour améliorer le quotidien des 2 750 salariés d’Amazon France Transport.

Par Claire Nillus— Publié le 17/01/2023 à 13h00

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© Marc Bertrand/Challenges-RÉA

Toujours plus de colis à livrer. Dans la seule région lilloise, Amazon livre environ 30 000 commandes par jour, avec des pics à 48 000 en période de fêtes. Pour assurer la livraison du « dernier kilomètre », les entrepôts se multiplient comme des petits pains. Dans le site de Fretin, près de Lille (inauguré en 2016), de même que dans les 26 autres entrepôts spécifiques au dernier kilomètre implantés sur le territoire, l’activité est identique : charger des camionnettes avec les colis préparés par Amazon Logistics (dans l’un de ses trois giga-entrepôts, là où sont stockés et prélevés les produits) puis acheminés ici pour être distribués aux particuliers. « Les paquets à répartir ne doivent pas dépasser 15 kilos, précise Julien Chavatte, le délégué syndical central. Mais avec une moyenne de 400 colis par heure, ça fait beaucoup de poids à la fin de la journée ! »

Épaulés par leur syndicat

Julien travaille depuis six ans chez Amazon France Transport (AFT) comme « superviseur » À ce titre, il pilote une équipe sur le terrain et doit veiller à la sécurité des personnes. Il y a quatre ans, il a été élu au comité social et économique et s’apprête à faire un deuxième mandat. « Au départ, nous étions sans étiquette, puis nous avons cherché le soutien d’un syndicat pour affirmer notre position et nous développer. Je n’avais jamais été en contact avec une organisation syndicale auparavant. J’ai d’abord eu un premier contact avec la CGT, qui ne m’a pas du tout convaincu. Puis j’ai trouvé les valeurs que je cherchais à la CFDT : de l’écoute, de l’entraide. Je sais que le syndicat nous épaule. C’est structuré, on sait où l’on va. »

Ensemble, ils ont préparé les élections et, pendant le « Mois Orange » organisé par le syndicat durant tout le mois d’octobre, les militants ont visité les entreprises d’AFT avec du jus d’orange, des tracts et des stylos. « Ça nous a aidés à faire voter. On a eu 86 % de voix à Fretin… », remarque Julien. Au niveau national, la CFDT l’a emporté avec 44,93 % des voix, devant Sud (29,24 %), FO (13,88 %) et la CFE-CGC (11,95 %).

De 250 à 300 euros par mois négociés

Un tel résultat, c’est aussi la suite logique du travail de la section CFDT, qui a moissonné de substantielles avancées salariales : un treizième mois, la création d’une prime d’ancienneté, des majorations supplémentaires pour le travail de nuit (plus 50 %) et du week-end (plus 100 %), soit un gain pouvant aller jusqu’à 250 à 300 euros par mois. Autres acquis CFDT : une participation aux bénéfices de l’entreprise sous forme d’une prime annuelle, une augmentation du forfait mobilité à hauteur de 200 euros par an. « Il faut dire que l’on partait de loin », tempère Thierry Valentin, secrétaire général du Syndicat général des Transports CFDT du Grand Nord, qui a participé à toutes les négociations. « Il y a quatre ans, un travailleur de nuit touchait 1 350 euros nets par mois ; aujourd’hui, il gagne 1 850 euros, ajoute Julien. La direction souhaite ainsi limiter le turnover car l’essor de l’e-commerce, lui, ne faiblit pas. »

La pénibilité, vaste chantier

À propos des conditions de travail, Julien mentionne également des progrès tout en reconnaissant que l’on travaille dur… La section a, par exemple, négocié trente minutes de pause, dont vingt sont payées (contre vingt minutes non payées précédemment). « En pratique, il y a un peu plus de souplesse. Quand je vois qu’une personne n’est pas dans son assiette, je l’emmène boire un café, on discute. Il y a souvent besoin d’accompagner, d’expliquer le cadre, de rebooster si nécessaire. » Mais il n’est pas naïf : la pénibilité est un vrai sujet ! Poignets, dos et chevilles, notamment, sont sursollicités. Avant de déplacer son premier colis, tout nouvel arrivant doit d’ailleurs suivre quatre heures de formation. On ne transige pas avec les règles chez Amazon : les salariés sont notés en priorité sur le respect des normes de sécurité. Le deuxième facteur d’évaluation relève leur taux d’erreur ; le troisième, leurs performances (le nombre de colis chargés à l’heure). « Pendant la première semaine, on observe leur travail sur la base de ces trois critères », explique Julien.

À Fretin, la section CFDT organise de courtes réunions pendant les pauses afin de faire remonter les doléances des salariés. C’est ainsi qu’elle a demandé (et obtenu) des améliorations informatiques (le matériel pouvant être potentiellement source d’erreurs), l’adaptation des horaires et des heures de récupération selon l’évolution de la charge de travail ou encore des changements de poste dans l’atelier toutes les trois heures et demie pour limiter les troubles musculo-squelettiques.

Le dialogue social fonctionne plutôt bien

Prochainement, en vue des négociations annuelles obligatoires, elle vise 6 % d’augmentation. « On est confiants depuis les dernières élections. Le dialogue social fonctionne plutôt bien. Ce que je veux, c’est simple : que le temps passé ici soit le plus agréable possible pour les salariés et qu’ils gagnent mieux leur vie, résume Julien. L’enjeu est de taille car, à terme, les prévisions d’Amazon France Transport, ce sont 15 000 salariés (CDD, CDI, intérimaires et sous-traitants compris). Notre activité ne doit pas être pourvoyeuse d’emplois précaires, comme je l’ai constaté dans d’autres groupes. »