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Chez Allianz, le logement est un sujet syndical

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iconeExtrait de l’hebdo n°3896

Face à une direction qui souhaitait imposer trois jours de télétravail obligatoires à tout le monde, la CFDT d’Allianz s’est battue pour que les salariés aient le choix de télétravailler moins. Car la généralisation du télétravail dans l’entreprise a révélé de profondes inégalités en matière de logement.

Par Claire Nillus— Publié le 14/11/2023 à 13h00

Une partie des membres de la section syndicale d’Allianz (Joëlle Blanc, Nathalie Vatinel, Michel Bax, Ludovic Burgart et Patrick Sanguinetti) lors d’une manifestation contre la réforme des retraites…
Une partie des membres de la section syndicale d’Allianz (Joëlle Blanc, Nathalie Vatinel, Michel Bax, Ludovic Burgart et Patrick Sanguinetti) lors d’une manifestation contre la réforme des retraites…© DR

1. Union régionale interprofessionnelle.

La grande enquête « Causons logement » de l’URI1 Île-de-France menée en 2021 a été particulièrement appréciée par la CFDT d’Allianz. La section a pu s’appuyer sur des éléments chiffrés et rappeler à la direction de l’entreprise qu’avec la généralisation du télétravail, une réflexion sur le logement se révélait indispensable. Sur près de 7 600 salariés, l’assureur compte 3 700 télétravailleurs réguliers. « Certes, 50 % des effectifs d’Allianz sont en province, où les problèmes ne sont pas les mêmes que ceux des Franciliens. Mais, partout, le télétravail est un accélérateur des fractures sociales », estime Joëlle Blanc, déléguée nationale adjointe de la CFDT Allianz. Le sondage de l’Union régionale d’Île-de-France est arrivé à point nommé. « Ce n’est pas toujours facile d’obtenir des réponses quand on lance une enquête, mais il y avait une réelle appétence des salariés pour celle-ci », poursuit Joëlle.

Mal-logement… et maltraitance

Lors du premier accord post-Covid, la section avait alerté au sujet des impacts du télétravail sur la santé et obtenu quelques aménagements, dont la prise en charge d’un fauteuil ergonomique… Mais encore faut-il avoir la place chez soi pour ce type d’équipement. « Ce premier accord était d’excellente facture, reconnaît Joëlle. Il donnait le choix entre deux jours, deux jours et demi ou trois jours de télétravail par semaine : 24 % des salariés télétravaillaient moins que le maximum accordé par leur direction, preuve que cette souplesse était nécessaire. »

Mais dans celui qui vient d’être renégocié, la direction voulait imposer à tout le monde trois jours de télétravail par semaine. « En un sens, cela a une vertu, c’est de forcer la main à des managers récalcitrants qui s’opposent encore au télétravail dans leur service. En revanche, cela accentue encore un peu plus les situations personnelles face au mal-logement ou à la maltraitance conjugale. Obliger des femmes battues à rester chez elles quand le bureau constitue une soupape leur permettant de travailler sept heures par jour dans un environnement plus serein, c’est très grave », développe Joëlle. D’autres cas, moins dramatiques, sont également préoccupants : quand le logement est trop exigu et ne permet pas de se réserver un coin bureau, quand il est bruyant, quand d’autres personnes y télétravaillent en même temps…

La raison (à peine dissimulée) de ce nouvel accord, ce sont des gains considérables à la clé pour l’employeur : au moment où la facture énergétique explose, la solution du télétravail est une véritable aubaine. La tour Neptune de Paris la Défense accueille désormais 2 800 salariés en flex office. Avec cette nouvelle organisation des locaux, le nombre de places disponibles a chuté de 25 à 30 %.

Dynamiser la commission logement

Il y a encore peu de temps, la problématique du logement passait sous les radars. « On n’a pas forcément envie d’exposer sa situation personnelle devant les autres salariés de l’entreprise, fait remarquer Joëlle. Maintenant, c’est prégnant. C’est pourquoi nous avons décidé de redynamiser notre commission logement et de former nos élus sur les aides mobilisables. » L’enquête « Causons logement » a en effet révélé que les militants maîtrisent mal les dispositifs – d’ailleurs souvent compliqués – d’aide au logement. Or ils sont de plus en plus sollicités. « Si beaucoup de solutions se situent hors de l’entreprise, nous avons des leviers internes sur lesquels il y a tout intérêt à communiquer. Par exemple, faire savoir que les logements du parc immobilier d’AGF [l’entreprise a été rachetée par Allianz en 1995] sont proposés aux salariés prioritairement pendant trente jours, poursuit Joëlle. Si le dialogue social en matière de logement s’avère difficile, la formation des élus est indispensable afin qu’ils puissent être des relais sur cette question et aider à la constitution de dossiers bien ficelés. »

Un compromis sinon rien

La direction menaçant de passer en force sur le thème des « trois jours sinon rien », la CFDT a dû se résoudre à signer cet accord. Mais elle a obtenu qu’il laisse la possibilité de choisir entre trois jours par semaine ou un seul. Pour cela, elle s’est appuyée sur un sondage réalisé en septembre dernier auprès des salariés. Les réponses à la question « Pourquoi ne télétravaillez-vous pas ? » lui ont permis d’affûter ses revendications. Et, de fait, pour un tiers des répondants, le télétravail est mal vécu et synonyme d’isolement ; un tiers d’entre eux déclarent un logement inadapté, pour les diverses raisons déjà évoquées, et un quart souhaitent télétravailler moins de trois jours par semaine. « L’entreprise risque d’avoir une désagréable surprise car il se peut qu’un nombre élevé de salariés choisissent une journée par semaine, désavouant par-là le projet de la direction… »

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Selon Joëlle Blanc, le logement est aussi une bonne porte d’entrée pour discuter avec les jeunes salariés qui viennent de décrocher leur premier emploi. « Ils sont très éloignés du syndicalisme, mais le logement, ça leur parle ! Cela nous permet de leur expliquer ensuite notre action sur d’autres sujets… Car s’il fait plutôt bon vivre chez Allianz, c’est beaucoup grâce aux accords que nous avons négociés. Allianz est un bon vendeur de nos accords au moment de recruter, sourit-elle. Les œuvres sociales pléthoriques, le congé de paternité rallongé d’une semaine ou encore le congé “priorités personnelles” [qui permet aux salariés, sous certaines conditions, de se ressourcer ou de mener un projet personnel en utilisant les jours de leur CET], rien n’est arrivé par enchantement ! »