À la veille de la rentrée scolaire, l’inquiétude prédomine

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iconeExtrait de l’hebdo n°3838

Crise de recrutement des enseignants, revalorisation salariale, concours de titularisation des contractuels… Le gouvernement a détaillé sa feuille de route pour l’éducation. Selon les syndicats, beaucoup de questions restent en suspens.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 30/08/2022 à 12h00

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© Côme Sittler/RÉA

« Il y aura un enseignant devant chaque classe à la rentrée scolaire », avait dit et répété, confiant, le tout nouveau ministre de l’Éducation et de la Jeunesse, Pap Ndiaye, au lendemain de sa nomination. Une semaine avant la rentrée, il a dû reconnaître que la situation était loin d’être idéale, la pénurie d’enseignants  ayant conduit à l’embauche de 3 000 contractuels au cœur de l’été. Une fois encore, le retour à l’école des 12 millions d’élèves, le 1er septembre, s’annonce chaotique, tant les conditions se sont dégradées.

« Nous avons un problème structurel d’attractivité des métiers de l’enseignement », lâchait Pap Ndiaye en ouverture de sa conférence de presse, le 25 août dernier. Selon le bilan social 2020-2021 du ministère, il y aurait 39 961 contractuels sur 755 000 enseignants dans le public (dont 10 502 en CDI). « À force de poser des alertes, nous avons obtenu que les contrats des non-titulaires soient prolongés jusqu’au 31 août pour éviter une fuite des compétences », note Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. À la rentrée dernière, le retard pris dans le renouvellement des contrats avait en effet conduit certains de ces non-titulaires à chercher du travail ailleurs ; résultat, des classes se retrouvaient sans enseignant. « En cela, on a un ministre qui ne nie plus la réalité. Et ça, c’est nouveau. »

Titulariser, oui, mais comment ?

Il n’en reste pas moins que le recrutement express de 3 000 contractuels, formés en à peine quatre jours au métier d’enseignant, n’apaise pas vraiment les esprits. « Il ne s’agit pas de recruter pour recruter. Il s’agit de former ces contractuels, non seulement avant la prise de poste mais tout au long de l’année pour les sécuriser et améliorer leurs compétences, dans leur intérêt et dans celui des élèves », poursuit Catherine Nave-Bekhti. Il en va de même quant à la volonté du gouvernement d’ouvrir au printemps 2023 un concours exceptionnel de titularisation pour un certain nombre de contractuels. « La voie du concours ne doit pas être la seule », affirme la secrétaire générale du Sgen-CFDT, qui revendique une titularisation sous condition d’exercice – au cours duquel les contractuels sont évalués régulièrement. « L’employeur public se doit d’être responsable : lorsque des personnels non titulaires réalisent leurs missions de manière satisfaisante, les maintenir sur des CDD ou des CDI, c’est les maintenir dans une forme de précarité. » C’est d’ailleurs la position qu’elle portera cette semaine lors de la rencontre prévue avec le ministère et au cours de la « grande concertation autour de l’école » promise par Emmanuel Macron dès septembre, mais dont personne ne sait encore quelle forme elle prendra. Le Conseil national de la refondation (CNR), installé le 8 septembre prochain, offrira peut-être quelques réponses…

Pour la FEP-CFDT, c’est le grand flou : « On navigue à l’aveugle jusqu’à la rentrée, résume Laurent Lamberdière, le secrétaire général de la Fédération de la Formation et de l’Enseignement privés. Nous rencontrons, dans une moindre proportion, les mêmes problématiques d’attractivité que le public, mais aucun chiffre ne nous est transmis. » Dans certaines académies, il devient difficile de recruter des maîtres délégués (remplaçants). Rien d’étonnant, selon lui, « quand on sait que ces collègues travaillent souvent sur deux ou trois établissements et qu’ils sont peu payés [1 300 euros net pour un bac + 5], et la plupart du temps avec retard. » La rémunération des enseignants, qu’ils soient remplaçants ou titulaires, est la principale difficulté qu’aura à traiter le nouveau ministre pour redonner de l’attractivité au métier. Mais pas la seule.

Pas d’autonomie sans dialogue social

Selon les fédérations de l’enseignement, c’est avant tout d’une vision cohérente qu’a besoin le système éducatif. Le « pacte pour les enseignants » prôné par l'éxécutif – avec des professeurs mieux payés s’ils s’engagent dans des missions supplémentaires – revient à méconnaître qu’une partie de ces missions existent déjà sans être reconnues ni valorisées (certaines indemnités n’ont pas été réévaluées depuis 1989).

Autre annonce, surprise cette fois, du chef de l’État devant les recteurs d’académie réunis à la Sorbonne fin août : la création d’un fonds d’innovation pédagogique d’au moins 500 millions d’euros, dès la rentrée, pour les établissements souhaitant mettre en place un projet pédagogique spécifique. En clair, il s’agit de développer l’autonomie des établissements. Liberté accrue, diront certains. Rupture d’égalité, estimeront d’autres. De fait, cette autonomie existe déjà partiellement au sein de l’enseignement privé, qui, avant tout, souhaite davantage de dialogue. Or, dans de nombreux établissements, il n’existe pas de conseil pédagogique ou d’instance de dialogue social. Du côté du Sgen-CFDT, on juge l’annonce « plutôt intéressante », avec du moins, dans le discours, « un renversement de vapeur par rapport à l’ère BlanquerMais attention au risque de frustration ! Si on demande aux enseignants de s’investir dans des projets pédagogiques, il ne faudra pas venir leur couper l’herbe sous le pied dans quelques mois faute de budget suffisant ».

Atsem, conducteurs… les personnels manquent à l'appel

La pénurie de personnel ne concerne pas que le monde enseignant. En cette veille de rentrée scolaire, la pression monte également du côté des agents territoriaux. Alors que plusieurs syndicats ont déjà déposé un préavis de grève pour le 1er septembre, Interco-CFDT a décidé de son côté de saisir le gouvernement sur « une prise en compte urgente » de la situation des 55 000 Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles), dont une forte majorité de femmes.

La CFDT pointe notamment le fait que ces personnes n’ont pas bénéficié des mesures relatives au Ségur de la santé, « alors même que ces agents relèvent de la filière médico-sociale », et demande que la charte des Atsem élaborée avec l’Association des maires de France (AMF) prenne corps dans un décret « afin d’imposer de meilleures conditions de travail : une Atsem par classe, l’harmonisation des annualisations des temps de travail et la garantie d’un déroulement de carrière ».

Autres grands absents de cette rentrée : les conducteurs assurant le transport scolaire, dont dépendent actuellement près de 2 millions d’enfants. Le nombre de chauffeurs baisse régulièrement depuis plusieurs années, et la pénurie s’est nettement aggravée depuis la crise Covid. Au début de l’été, il manquait 7 500 conducteurs dans toute la France…