Une victoire… totémique

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iconeExtrait de l’hebdo n°3850

De l’annonce du projet de filialisation d’une activité d’Orange, fin 2020, à la mise en place du CSE de la société Totem, en octobre 2022, la CFDT a mené les opérations. Le travail exemplaire de négociation et d’accompagnement des salariés s’est traduit par une belle victoire aux élections (près de 80 % des voix), une nouvelle implantation syndicale et la création d’un collectif.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 22/11/2022 à 13h00

De gauche à droite : Guy Contrastin, du Syndicat CFDT Télecoms Prestataires Île-de-France ; André Juan, secrétaire du comité social et économique de Totem ; David Girard, délégué syndical ; Luc Racoua, membre de l’équipe CFDT.
De gauche à droite : Guy Contrastin, du Syndicat CFDT Télecoms Prestataires Île-de-France ; André Juan, secrétaire du comité social et économique de Totem ; David Girard, délégué syndical ; Luc Racoua, membre de l’équipe CFDT.© Syndheb

Malgré de multiples engagements, David Girard tenait à être présent, le 26 octobre au matin, « pour le tout premier CSE de la nouvelle équipe CFDT de Totem », élue brillamment avec 77 % des voix (et 96 % de participation) aux élections de septembre 2022. Après avoir, pendant près de deux ans, participé activement à la création de cette filiale d’Orange dédiée à l’exploitation des pylônes et autres « points hauts » utilisés comme antennes-relais par les opérateurs de téléphonie1, le délégué syndical de 36 ans prépare doucement les nouveaux élus à voler de leurs propres ailes.

De fait, l’énorme chantier syndical entamé à la fin 2020 est sur le point de s’achever. « Au tout départ, nous n’étions pas favorables à la création d’une filiale. Nous aurions préféré que Totem reste une entité au sein du groupe Orange », reconnaît Sonia Banderne, déléguée syndicale centrale (DSC) adjointe d’Orange, qui a confié le pilotage du dossier à David, présentant les qualités requises chez celui qu’elle appelle affectueusement « mon padawan1 ». Pourtant, la CFDT décide d’entrer dans le jeu et « d’accompagner au mieux la création de la filiale et les salariés concernés ». Au total, une cinquantaine de personnes, issues de diverses unités d’Orange en région, allaient être regroupées au sein de cette filiale, auxquelles sont ensuite venus s’ajouter une cinquantaine de nouveaux salariés recrutés à l’extérieur2.

“Le syndicalisme est un sport collectif”

Quand il commence les premières réunions d’information-consultation, début 2021, David découvre l’ampleur de la tâche. Heureusement, « le syndicalisme est un sport collectif », admet-il volontiers. Rapidement, il s’entoure bien et requiert les compétences de militants aguerris et de membres du cabinet Syndex, que ce soit pour négocier les termes de l’accord relatif aux modalités de transfert et aux mesures d’accompagnement des salariés ou, ensuite, le PAP (protocole d’accord préélectoral) en vue des élections. Avec Guy Contrastin, du syndicat CFDT Télécoms prestataires Île-de-France (qui l’accompagnera dans toutes les séances de préparation du PAP), il forme un duo de choc.

Écoute et accompagnement

C’est également vers les salariés qu’il se tourne, pour « faire avec eux, en s’appuyant sur eux et sur ce qu’ils souhaitaient », précise David. Il met au point une communication régulière et transparente à chaque étape du processus. Après chacune des réunions avec la direction, il organise un débriefing avec chacun des salariés concernés, « par mail ou appel téléphonique », les informant des avancées et recueillant leurs questions. « Si je ne savais pas répondre, je prenais en note et répondais dans les 48 heures. Cela a représenté un investissement important, mais aussi porté ses fruits », glisse-t-il.

La démarche est particulièrement appréciée par les salariés, témoigne Claire Girard, responsable des accueils SFR pour tout le sud de la France, et suppléante au CSE. « C’est vrai qu’au début, on ne savait pas où on allait si on acceptait le transfert vers Totem. À Lyon, j’étais isolée, j’avais peu d’informations de la part de ma hiérarchie. J’ai vraiment apprécié l’écoute et l’accompagnement prodigués par David », souligne la jeune femme, qui s’est d’ailleurs beaucoup impliquée avec lui dans l’analyse des clauses de transfert.

De bonnes conditions de transfert

La négociation se soldera par de bonnes conditions de transfert, dont les principaux points suivants : une prime de 15 000 euros (versée en trois fois), une augmentation salariale comprise entre 6 et 10 % selon le grade et « la possibilité, pendant cinq ans, de revenir au sein d’Orange » ; visiblement, cela ne semble pas être une option envisagée par les nouveaux salariés de Totem, plutôt enthousiastes à l’idée de « participer à la création d’une nouvelle entreprise, avec des gens volontaires et compétents, et à l’ambiance de start-up, explique Claire. Vraiment, je ne regrette pas mon choix. Maintenant, je regarde devant, pas dans le rétroviseur. »

“Beau challenge”

Alors, le « Padawan » est-il prêt à lâcher la barre ? « Je reste présent et disponible jusqu’à ce que la section soit autonome », explique le jeune militant, qui a réussi en à peine vingt-quatre mois à créer un collectif motivé. « Dans le cadre des élections, la CFDT a été la seule organisation à pouvoir présenter des listes complètes. On a même dû refuser du monde ! » Nombre de salariés ont également choisi de rejoindre la CFDT. Ainsi, André Juan, 58 ans, secrétaire du nouveau CSE de Totem et novice dans le domaine du syndicalisme, a « décidé de consacrer [sa] dernière année d’activité professionnelle au service de la création de la section. On a tout à mettre en place, c’est très motivant ! ». Aujourd’hui en « temps partiel senior » (dispositif de départ progressif), André se dit « reboosté par ce beau challenge ». Dans son sillage, David a réussi à embarquer de nombreuses énergies… qui vont désormais porter plus loin le navire CFDT.