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“Travailleuses essentielles” : le 8 mars, la CFDT fait entendre ses revendications

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Le mardi 8 mars, place du Panthéon à Paris, 2 000 militantes et militants ont donné un coup de projecteur sur les travailleuses essentielles, qui attendent une reconnaissance à la hauteur de leur engagement. Un cahier de doléances, transmis aux organisations patronales et aux ministères, a été édité.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 08/03/2022 à 17h01 et mis à jour le 09/03/2022 à 08h09

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© Thierry Nectoux

Parmi les militants tout d’orange CFDT vêtus, venus devant le Panthéon célébrer la journée internationale des droits des femmes et mettre en lumière les « travailleuses essentielles », on retrouve notamment des salariées des laboratoires d’analyse médicale. Avec la politique intensive de tests permettant de détecter le coronavirus, la période est loin d’avoir été reposante.

« Premières pour dépister, dernières pour être revalorisées », indique une pancarte tenue par une manifestante du jour. Malgré l’engagement dont elles ont su faire preuve afin de traiter le considérable volume de tests, elles n’ont obtenu que des miettes. « On a travaillé jour et nuit, et les jours fériés, pour les tests Covid. On veut une reconnaissance au niveau national et avoir une grille correcte, alors que sept coefficients se trouvent en dessous du Smic. On veut une reconnaissance du travail fourni durant la crise », témoigne Isabelle, technicienne de laboratoire.

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© Thierry Nectoux

“On mérite d’être là”

Caissières, ouvrières de l’agroalimentaire, salariées de la propreté et de la sécurité, aides à domicile… : de très nombreuses salariées de ces corps de métiers mal rémunérés et mal considérés ont continué de travailler pendant les différents confinements pour permettre au pays de tenir. Pourtant, deux ans après le début de la crise sanitaire, la reconnaissance tant promise se fait encore et toujours attendre.

« Ce qui est difficile dans mon travail, c’est le port de charges et le manque de respect envers les femmes », explique Florence, salariée chez Bonduelle. « On a continué de travailler durant le Covid. Résultat : zéro pour cent d’augmentation en 2020. » Si les récentes négociations ont débouché sur une augmentation de 3 %, ça reste à peine au niveau de l’inflation. « On attend évidemment une reconnaissance financière, mais pas seulement, ajoute la salariée de l’agroalimentaire. On existe, nous sommes des humains ! »

De son côté, Sylvie, aide à domicile, souhaite que la pénibilité de son métier soit mieux prise en compte, ainsi que la réalité de celui-ci. « Il y a aussi le rapport humain avec les personnes. On n’est pas que des femmes de ménage. On mérite d’être là et d’être connues. »

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© Thierry Nectoux

“Ces injustices, on n’en veut plus !”

À la tribune, Laurent Berger est venu rappeler que les salariées de ces métiers, ô combien importants, sont trop ignorées, voire invisibilisées. « Elles effectuent un travail souvent dur, souvent exigeant, mais parce qu’elles sont des femmes, ce serait prétendument naturel. Parce qu’elles sont des femmes, il ne faudrait pas reconnaître leurs compétences acquises […]. Maintenant, ça suffit ! Ces injustices, on n’en peut plus et on n’en veut plus ! » Il ajoute : « Sur le fronton du Panthéon, il est inscrit “Aux grands hommes la patrie reconnaissante”. Eh bien, nous, nous disons maintenant “aux travailleuses essentielles, la France reconnaissante !” » Enfin, « la CFDT braque ses projecteurs sur les travailleuses essentielles. Nous les maintiendrons allumés autant de temps qu’il le faudra. Car le 8 mars et la reconnaissance des travailleuses essentielles, pour la CFDT, ce sera tous les jours ! ».

Un cahier de revendications destiné au patronat

Pour accompagner ces revendications, un cahier de doléances a été rédigé à l’intention des organisations patronales et des ministères concernés. On y trouve seize fiches métiers ou de branche, chacune reprenant des témoignages de travailleuses, les caractéristiques des métiers et, enfin, les revendications. Il est ainsi question de revalorisations salariales, avec des objectifs souvent chiffrés, mais aussi de la rénovation des classifications, de l’adaptation des postes de travail, de la prévision des changements de métiers, de l’octroi de primes, de l’amélioration des conditions de travail, de l’augmentation des effectifs… « Ce cahier sert à donner une illustration concrète, à incarner. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des femmes », explique Béatrice Lestic, secrétaire nationale chargée de l’égalité professionnelle. « Ça illustre aussi ce que la CFDT défend sur la question du “plancher collant”, de ces femmes qui se trouvent au bas de l’échelle et dont on ne parvient pas à faire évoluer les rémunérations, les carrières. » La balle est maintenant dans le camp du patronat et de l’État employeur.