“C’est un congrès charnière”

iconeExtrait du magazine n°480

Les deux rapporteurs de l’avant-projet de résolution, qui sera débattu en juin, à Lyon lors du cinquantième congrès confédéral, nous font part des principaux enjeux de ce rendez-vous.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 28/01/2022 à 09h30

Frédéric Sève et Jocelyne Cabanal, secrétaires nationaux CFDT et rapporteurs de l'avant-projet de résolution.
Frédéric Sève et Jocelyne Cabanal, secrétaires nationaux CFDT et rapporteurs de l'avant-projet de résolution.© Virginie de Galzain

La CFDT va tenir son 50e congrès en juin. Qu’a-t-il de particulier ?

 Jocelyne  Cabanal :  Ce congrès s’inscrit peut-être plus que les précédents dans un contexte politique, social et sociétal particulier. Il vient clore un mandat troublé par la crise des gilets jaunes puis par la crise sanitaire et donne à voir une société qui a drastiquement besoin de se renforcer pour faire face aux transitions qui sont devant nous. C’est un défi pour le syndicalisme en général, et particulièrement pour le syndicalisme de transformation sociale que porte la CFDT.

Frédéric Sève :  C’est aussi le premier congrès où la CFDT est première organisation syndicale tous champs confondus. On a imposé notre vision
du syndicalisme ; maintenant, il nous faut assumer cette première place et l’exercer. C’est donc en quelque sorte un congrès charnière, qui doit
nous permettre de relever de nouveaux défis.

“On sait qu’il y a une volonté d’engagement très forte dans la société française, à nous de réussir à la capter […]”

Frédéric Sève, secrétaire national.

Quels sont ces nouveaux défis ?

 F. S.  Il y a clairement un enjeu d’ouverture. Cela passe par la volonté affichée de s’ouvrir à d’autres, comme on le fait depuis 2019 avec les associations du Pacte du pouvoir de vivre [lire notre dossier]. C’est aussi s’ouvrir en interne à d’autres façons de militer, et réfléchir à de nouvelles modalités d’engagement pour nos adhérents et militants. On ne peut plus aujourd’hui se limiter à un militantisme « traditionnel ». On sait qu’il y a une volonté d’engagement très forte dans la société française, à nous de réussir à la capter en proposant de nouvelles formes d’implication.

J. C.  On a la chance de pouvoir s’appuyer sur des militants et sur une organisation cohérente, que beaucoup nous envient, mais on a encore besoin de mutualiser et de se structurer pour réussir des paris d’échelle comme on le fait autour de la formation syndicale. Mais plus généralement, il nous faut clarifier le « qui fait quoi » pour l’organisation de nos missions syndicales. C’est aussi cela, être plus fort : travailler nos forces et corriger nos faiblesses. Cette résolution nous y engage.

Nous vivons également une période pleine de transformations (écologique, sociale, professionnelle…). Quelle réponse syndicale apporter ?

 F. S.  Il n’y a pas de réponse globale mais il y a des exigences communes. La première, c’est une exigence démocratique : piloter la transition énergétique sur les cinquante prochaines années, pour ne prendre que cet exemple, est un exercice démocratique redoutablement difficile mais indispensable, surtout à l’heure où grandit un peu partout la tentation de traiter ces questions de manière autoritaire. La deuxième exigence, c’est celle du progrès social. On ne fera pas une transition écologique comme on fait un devoir d’école mais parce qu’elle nous offre l’opportunité de transformer la société, de la rendre plus juste et plus humaine.

J. C.  Ces transitions sont d’autant plus fondamentales qu’elles touchent le monde du travail. Et notre conviction, c’est que le monde du travail doit être un acteur de ces transitions. Ce qui implique, par exemple, de réinventer nos modes de production, ou de revoir la question du partage du pouvoir dans l’entreprise.

Et le travail dans tout cela. A-t-il perdu sa place ?

J. C.  Au contraire ! La crise a replacé le travail au centre du jeu et lui a redonné ses lettres de noblesse. Notre ambition, c’est de faire du travail un nouveau lieu de conquête sociale. Cette résolution redéfinit des ambitions pour le travail, l’organisation du travail, mais aussi notre rapport au temps libre…

En trois mots, pouvez-vous résumer le projet de société pour la CFDT ?

 J. C.  Justice sociale, progrès, accompagnement.

F. S.  Démocratie, ouverture, travail.