“28% des 18-24 ans pourraient voter à l’extrême droite”

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L’extrême menace

À chaque présidentielle se pose la question du vote des jeunes, souvent présentés comme éloignés de la politique ou tentés par les extrêmes. Le point avec Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof-Sciences Po, autrice de Politiquement jeune (éditions de l’Aube).

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 04/03/2022 à 10h00 et mis à jour le 04/03/2022 à 20h46

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© Sébastien Soriano / Figarophoto

La jeunesse aujourd’hui est-elle dépolitisée, comme on l’entend souvent ?

Il n’y a pas de dépolitisation de la jeunesse, mais un déplacement des enjeux. Les questions d’environnement, d’écologie, de réchauffement climatique sont davantage susceptibles de mobiliser les jeunes. Ils sont plus intéressés par des modes de participation non conventionnels, plus directs et protestataires. Un jeune sur cinq de 16 à 18ans en France a déjà participé à une marche sur le climat. Les jeunes s’engagent dans les associations, le bénévolat. On est loin de l’image d’une jeunesse démobilisée et repliée sur elle-même.

Comment ce goût de l’engagement se traduit-il politiquement ?

C’est une jeunesse qui se tient à distance de la politique institutionnelle. Porteuse de la défiance qui s’exprime aussi dans la population française en général envers les institutions, les partis politiques et les syndicats, avec un niveau de défiance peut-être moins élevé.

Je ne brosse pas un portrait négatif et pessimiste de cette génération.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas être attentif au risque de déconsolidation démocratique. Il y a une partie de cette jeunesse qui est sensible à l’idée d’un leadership autoritaire, de forces populistes, de tentatives d’expérimentations autres que celles promues par les régimes démocratiques.

Cela se vérifie dans le vote des jeunes ?

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Depuis plusieurs années déjà, nous voyons une réponse électorale d’un segment de la jeunesse aux forces extrêmes, que ce soit à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, fondée sur des ressorts populistes. Il y a aussi une crise de la représentation politique en France qui traverse toute la société et qui s’exprime par de l’abstention ou par le choix pour des extrêmes. La question du diplôme et du niveau de formation est déterminante dans le vote pour le Front national ou le Rassemblement national.

On a une scission entre la jeunesse scolarisée et la jeunesse étudiante. Et même parmi la jeunesse étudiante, on voit depuis déjà plusieurs années Marine LePen grignoter des voix et bénéficier d’une meilleure reconnaissance. Elle est maintenant concurrencée par Éric Zemmour, y compris parmi les jeunes générations.

Selon l’enquête réalisée par Ipsos pour le Cevipof, les intentions de vote pour Zemmour s’élèvent à 12 % chez les 18-24ans. Marine LePen est à 16 %. Les deux cumulés, ce sont 28 % de ces jeunes qui pourraient porter leur voix pour une force d’extrême droite. Le vote Marine LePen attire plutôt les jeunes de catégories populaires. Zemmour est capable de toucher un électorat plus diversifié: les jeunes plus diplômés, plus insérés, dans les professions de l’artisanat, du commerce et une part non négligeable des étudiants. L’abstention est également toujours plus importante chez les jeunes, d’environ 10points. Le vote est considéré comme un droit, celui de voter ou de ne pas voter. Ce n’est plus une norme.