Rouler pour la prévention du cancer du sein

iconeExtrait du magazine n°487

Faire connaître le lien entre le travail de nuit et le cancer du sein, c’est la mission que s’est donnée Sylvie, infirmière à la retraite, qui a vaincu cette maladie. Depuis, sur son vélo, elle multiplie les kilomètres pour sensibiliser les pouvoirs publics et la population. Rencontre.

Par Claire Nillus— Publié le 20/10/2022 à 12h53

Marc (infirmier à la retraite), Sylvie (fondatrice 
de l’association Cyclosein), Yvonne (technicienne de laboratoire à la retraite) et Orane (médecin du travail).
Marc (infirmier à la retraite), Sylvie (fondatrice de l’association Cyclosein), Yvonne (technicienne de laboratoire à la retraite) et Orane (médecin du travail).© DR

Sylvie Pioli était en forme. Sportive, non fumeuse, ne buvant pas, sans antécédents médicaux. Mais elle a travaillé pendant vingt-trois ans comme infirmière de nuit à l’hôpital de Martigues (Bouches-du-Rhône) et, en 2014, on lui diagnostique un cancer du sein.

Un coup de massue qui génère de l’incompréhension et beaucoup de colère : « J’étais révoltée, raconte-t-elle, car on ne m’avait rien dit. Personne ne nous a jamais sensibilisées sur le lien qui existe entre cancer du sein et travail de nuit ! » Un an plus tard, cette battante adhère à la CFDT et décide de créer une association – baptisée Cyclosein – pour réparer ce manque. Objectifs : sensibiliser les pouvoirs publics et la population sur le risque de cancer du sein généré par le travail de nuit, demander une amélioration de la surveillance médicale et gynécologique du personnel de nuit, favoriser le dépistage par la médecine du travail et obtenir la reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle.

“On se bat pour que le travail de nuit soit limité à des situations qui l’exigent (services d’utilité publique…) et avec une organisation de travail permettant d’en minimiser l’impact sur la santé des salariées.”

Sylvie Pioli, ancienne infirmière de nuit.

À ce jour, aucune femme en France ne l’a obtenue. Sylvie sera-t-elle la première ? Son dossier, constitué avec l’aide de militants CFDT, est en cours de traitement depuis… trois ans.

Sylvie, Oran et Marc.
Sylvie, Oran et Marc.Yvonne Maggiore

C’est d’abord en pédalant que Sylvie a décidé d’interpeller les institutions. En 2016, elle parvient à rassembler des fonds pour aller de Saint-Mitre-les-Remparts, la commune où elle vit, près de Martigues, jusqu’à Paris. Dix bénévoles l’accompagnent pendant les 1 104 kilomètres qui les séparent de la capitale.

Au bout d’un périple de douze jours, ils obtiennent enfin un rendez-vous au ministère de la Santé pour exposer les résultats de leurs recherches sur les risques de cancer du sein générés par le travail de nuit (lire ci-dessous). En 2018, les cyclistes se rendent à Bruxelles, au Parlement européen (933 kilomètres) et, en 2019, à Genève (605 kilomètres encore !) pour rallier l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail au siège de l’ONU. « On se bat pour que le travail de nuit soit limité à des situations qui l’exigent (hôpitaux, services d’utilité publique…) et avec une organisation de travail permettant d’en minimiser l’impact sur la santé des salariées. »

Sensibiliser les jeunes

« Après les institutions, nous avons décidé de sensibiliser les jeunes », poursuit Sylvie. Cyclosein commence alors une tournée dans des Ifsi (instituts de formation en soins infirmiers) et des lycées spécialisés dans les carrières sanitaires et sociales (Port-de-Bouc, Istres, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg, Martigues, Blois…).

Aujourd’hui, l’association compte 180 adhérents, 5 800 abonnés sur Facebook et multiplie les initiatives en ce mois d’« Octobre rose » : conférences, vernissage d’une exposition de photos
de femmes opérées du cancer du sein, interventions dans les lycées professionnels… et un nouveau périple, le long du canal du Midi, cette fois, au départ de Toulouse.

Le principe est toujours le même : Sylvie, Orane (médecin du travail), Yvonne (technicienne de laboratoire à la retraite) et Marc (infirmier à la retraite) continuent de pédaler afin de sensibiliser au gré de leurs rencontres sur le trajet. « Les promeneurs prennent le temps de nous écouter et les échanges sont toujours très enrichissants. Nous leur demandons de parler de notre association, leur remettons des flyers et, surtout, nous conseillons à toutes les femmes de se faire dépister ! », résument-ils.

Travail de nuit et cancer du sein

Chaque année, en France, le cancer du sein touche en effet près de 59 000 femmes. S’il est dépisté à temps, on en guérit neuf fois sur dix mais 12 000 décès lui sont encore attribués.

De nombreuses études ont identifié des troubles associés au travail effectué entre minuit et 5 heures du matin, à l’instar de celle menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Dans un rapport de 2016, l’Anses confirme l’augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes concernées et va plus loin encore en concluant que le travail de nuit constitue un facteur de risque probable de cancer « en général ».

En 2012, l’Inserm affirmait de son côté que le risque de cancer du sein chez les femmes qui travaillent la nuit était augmenté de 26 % (conclusion de l’étude Cecile réalisée à grande échelle par le Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations), et le Centre international de recherche sur le cancer a classé l’incidence du travail de nuit en risque élevé de cancers. À côté d’autres facteurs environnementaux comme les perturbateurs endocriniens, les radiations ionisantes ou les prédispositions génétiques, la lumière artificielle freine la production de mélatonine, une hormone fabriquée lorsque l’on dort et qui freine le développement du cancer. Le manque de sommeil entraîne par ailleurs un affaiblissement général du système immunitaire.