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Réparer les vivants, préparer l’avenir

iconeExtrait du magazine n°471

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Santé mentale : réparer les vivants

Un an après l’apparition du virus, les Français voient leur moral plonger. Toutes les catégories de la population sont exposées à un degré plus ou moins important. Un nouvel enjeu de solidarité.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 05/03/2021 à 09h00

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La peur de la contamination, le poids des règles sanitaires ou la crainte de la précarité économique sont autant d’ingrédients d’un cocktail explosif. « Les états anxieux et dépressifs se maintiennent à un niveau élevé », indiquait à la fin janvier le ministère de la Santé, qui suit depuis le début de l’épidémie l’évolution de la santé mentale des Français, dans le cadre de l’étude CoviPrev. Si personne n’est à l’abri, certaines catégories de la population sont plus vulnérables.

Selon une étude sur le risque suicidaire, menée par la Fondation Jean Jaurès en octobre dernier, 20 % des personnes interrogées déclaraient « avoir envisagé sérieusement de se suicider » ; les plus concernés étant les artisans commerçants, les chômeurs, les chefs d’entreprise et les jeunes de 18 à 24 ans. Le pire serait encore à venir. « Le risque suicidaire est à effet différé, comme le montre la hausse des suicides en 2009 et 2010, un an ou deux après la crise financière », rappelle Michel Debout, psychiatre et membre de la Fondation Jean Jaurès.

« Subir un PSE est un trauma »

Si le risque est plus élevé chez les chômeurs, les personnes en emploi ne sont pas épargnées par une dégradation progressive de leur état psychologique. « Ceux qui sont en présentiel subissent de fortes contraintes, les télétravailleurs sont désorientés, ils n’ont plus les signaux qui leur permettent de savoir s’ils ont bien rempli leur mission, souligne Michel Debout. Les entreprises ont renoué avec une compétition accrue du fait de la crise, et la menace des plans sociaux pèse sur le moral des salariés. Subir un PSE est un trauma qui a des répercussions sur la santé mentale. »

Apporter des réponses adaptées

Face à ces risques grandissants, les réponses doivent être adaptées, selon Michel Debout, qui en appelle à la créativité des individus et des collectifs : « Les jeunes souffrent à cause du manque de lien social ; pourquoi, par exemple, ne pas les inciter à se mobiliser dans les associations, qui en ce moment manquent cruellement de moyens ? En entreprise, les représentants des conseils économiques et sociaux et les médecins du travail ont un rôle crucial à jouer pour identifier et venir en aide aux salariés en difficulté. Les numéros verts d’assistance psychologique se mettent en place, il ne faut pas hésiter à en faire la promotion. Il est urgent de reconstruire du lien humain et des solidarités. »

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Consciente des difficultés, la CFDT alerte les pouvoirs publics depuis des mois sur la nécessité de mieux prendre en charge la dimension psychologique de la crise. Et elle s’engage à différents niveaux : propositions relatives à l’amélioration du système de soins psychiatriques, soutien aux étudiants, constitution d’un comité d’experts des sciences sociales pour mieux comprendre la période que nous traversons, prévention des RPS (risques psychosociaux) liés au télétravail intensif, prise en charge du stress post-traumatique subi par les salariés des Ehpad… Une liste loin d’être exhaustive et dont le fil rouge est le lien social, le soin de l’autre.